Aujourd’hui c’est la fête des mères

Celle que j’ai tant voulu être, que j’ai été et que je ne suis plus

Tous les ans ce cri remonte comme un reproche, contre la vie, la création et la mort…

Et pourtant

Comment laisser la haine et la colère consumer

L’amour que vous m’avez donné

La joie apportée

Le don de vos vies

L’espoir retrouvé

Le souvenir de vos êtres qui avaient fait leur demeure en moi

Mes enfants, mes jumeaux

Au lieu d’un poème, je vous écris une lettre pour raconter notre histoire

 

C’était un Dimanche matin du mois de Mai.

J’allais me lever pour préparer le petit-déjeuner. Mon mari me demanda de rester couchée, car mon beau-fils et ma belle-fille voulaient s’entretenir avec nous. Intriguée, j’ai obtempéré.

Aussitôt, j’entends frapper à ma porte et je les vois, qui passent la tête par la porte puis entrent timidement. Je leur demande ce qu’ils avaient de si important à nous dire, ils me demandent de fermer les yeux. J’obéis. Quelques minutes plus tard, j’entends ma belle-fille chanter, alors j’ouvre les yeux, son frère danse et mon mari quant à lui se tient debout, avec mon petit-déjeuner servi sur un plateau et un mot sur lequel était écrit : « Bonne fête des mères ». Je n’en croyais pas mes yeux.

Ma première fête des mères, célébrée par les enfants de mon époux que j’élevais depuis bientôt 8 ans. Mes enfants d’une autre mère, qui m’en avaient fait voir de toutes les couleurs mais que j’avais appris à aimer. Devant l’échec de nos multiples tentatives pour avoir un bébé à nous, j’avais accepté l’idée de n’avoir pour enfants que ceux d’une autre. Je les couvrais de tout l’amour maternel que mon cœur et mes entrailles avaient à m’offrir.

Je les regardais tous les trois me souhaiter « Bonne fête maman »

J’étais mère. Une mère est-elle uniquement celle qui donne la vie ? J’étais maman.

Quelques mois plus tard…

Depuis quelques semaines, une vilaine fatigue ne me quittait pas. Je m’endormais partout : dans la voiture, à table, sur mon bureau. Mon époux se moquait de moi gentiment. J’étais troublée par cette fatigue soudaine, ces nausées matinales et mes envies… Je raffolais de raisins bruns dont je dégustais près d’un kilogramme chaque jour.

Ma belle-fille et mon beau-fils me chahutaient en me demandant si je n’étais pas enceinte. J’étais toujours surprise par cette question, car ce sujet était devenu tabou.

Un samedi matin, je fus tirée de mon lit par la sonnerie du facteur qui me livrait un colis. Il venait de ma belle-mère, la découverte de son contenu me brisa le cœur : une paire de chaussons pour bébé en laine tricotée… Comment osait-elle ? Elle qui avait été pour moi une seconde mère.

Je me suis mise à hurler de rage, de colère, d’indignation, de révolte. Mon mari était sorti de bonne heure avec les enfants. J’étais seule face à ma souffrance.

Je pris mon courage à deux mains, saisis mon téléphone et appela ma belle-mère. Au son de ma voix, elle s’exclama de joie m’adressant ses félicitations pour cette grossesse tant attendue. Je ne comprenais pas de quoi elle parlait. Nous avions pour habitude de s’appeler un jour sur deux, et je lui avais fait part de mes problèmes de santé. D’après elle, seule une grossesse pouvait me mettre dans cet état. Elle m’avoua que mon mari, mes beaux-enfants et le reste de ma belle-famille partageaient cet avis. Péniblement, je raccrochais le téléphone, lui promettant d’aller voir un médecin.

Déterminée à faire cesser cette « rumeur » qui me menait à l’agonie, je me suis rendue à la pharmacie la plus proche où j’ai acheté un test de grossesse.

Il se révéla positif. Je suis aussitôt aller en acheter un deuxième qui me fournit le même résultat.

Les analyses de sang que je fis par la suite apportèrent également le même résultat.

Si j’avais pu filmer la joie de votre père quand je lui annonçai cette bonne nouvelle !

Ma première échographie sur laquelle on distinguait vos deux formes scella mon bonheur. J’avais été entendue du ciel et comblée au-delà de mes attentes. Non pas un enfant, mais deux en une seule fois. Qui l’eût cru ?

Alors a commencé la bataille des prénoms. Vous vous seriez appelés : Aaron et Lisa. Tout le monde critiquait mon choix, mais personne n’osait me contre dire en face. La vie à la maison changea, j’étais aux petits soins. Ma belle-mère appelait tous les jours pour s’assurer que j’étais choyée par les miens. Les enfants prenaient leur responsabilité en assumant les tâches ménagères, et mon époux faisait de son mieux pour me rendre la vie plus agréable.

Je nageais dans un bonheur parfait, le genre de bonheur qui annonce de sombres jours.

Ce matin-là, j’ai eu plus de mal que d’habitude à me lever. Je sentais au fond de moi que je devais rester couchée mais j’avais beaucoup de choses à faire, nous attendions des invités ce soir-là.  Ma belle-fille insista pour que nous annulions ce repas, me voyant en petite forme, mais je ne voulais rien entendre. Alors elle m’aida à la cuisine et tout était prêt à l’arrivée de nos invités. J’avais un mauvais pressentiment, je me sentais lasse, vidée, épuisée. Je me suis excusée auprès de nos invités et je suis allée me coucher.

J’étais en nage, et pourtant il faisait frais ce soir-là. Mais la fraicheur de la nuit n’avait aucun effet sur moi. J’avais à peine posé ma tête sur mon oreiller que je plongeai dans un profond sommeil.

Je fus réveillée par un cauchemar et l’absence de mon époux à mes côtés. Depuis l’annonce de ma grossesse, je dormais dans ses bras, il me berçait comme un bébé. Nous étions comme soudés l’un à l’autre.

Je me sentais légère, bizarrement légère. La vue de mes draps quand je me suis assise dans mon lit m’arracha un cri. Mon mari entra brusquement dans notre chambre et je lui demandai de m’emmener à l’hôpital. Avec l’aide de nos amis qui étaient encore là, il m’installa dans la voiture et nous nous rendîmes aux Urgences. Nous avons été accueillis par l’interne qui m’avait suivie depuis le début. Elle me demanda ce que je faisais là, c’était trop tôt…

Vous étiez partis.

Sans bruit, en silence. Partis comme vous étiez venus, par surprise.

Je me sentais sombrer, lentement mais sûrement. Je perdais pied, persuadée de faire un cauchemar et de le revivre chaque matin. Petit à petit je perdais goût à la vie. J’appelais la mort, mais elle ne venait pas. Je n’arrivais pas à dormir, à vivre. Je me suis mise à boire, à rechercher la chaleur rhum. Boire pour oublier, pour vous oublier. Mais je n’y arrivais pas. Je ne parlais plus, je ne pleurais pas, je faisais machinalement ce que j’avais à faire, comme un automate.

Un matin ma belle-fille vint me voir dans ma chambre, en larmes. Elle ne supportait pas ma détresse et avait peur de me perdre. Une étincelle de vie se ralluma en moi, je lui fis la promesse de me reprendre en main. Je n’avais jamais supporté de la voir triste.

Je ne supportais plus celui qui était alors mon époux. Votre père était inconsolable. Nous étions là, chacun face à sa douleur, incapable d’aller l’un vers l’autre. Le poids de ma culpabilité me consumait intérieurement. C’était sûrement de ma faute.

Nous avions décidé d’envoyer les enfants de mon mari en vacances chez sa sœur, comment tenir sans eux ?

Ce fut au-delà de mes forces. Deux semaines après leur départ, je quittais la maison. Je suis allée me réfugier dans ma famille, luttant désespérément contre une folie qui chaque jour m’appelait. Peu de temps après, mon époux et moi avions décidé de nous séparer.

Devant ce double drame, il m’a fallu un an pour répondre à l’appel impérieux de la vie et quatre ans pour vous pleurer.

Je ne vous oublierai jamais, mais je tenais à vous dire « A Dieu, qui vous a donné et qui vous a repris ».

Je ne sais pas ce que deviennent ceux qui meurent, surtout ceux qui meurent sans avoir vécu, mais que ma douleur et ma peine ne vous retiennent pas prisonniers. Soyez libres d’être ce que vous avez été appelés à être par notre Créateur

Beaucoup m’ont dit que j’étais faible, car il m’a fallu un an pour recommencer à vivre normalement. Mais moi je dis qu’il est parfois bon d’aller à son rythme. Il n’y a pas de baromètre devant la douleur, ni de chronomètre de guérison.

Aujourd’hui je vais bien, je continue à m’ouvrir à la vie nouvelle, au bonheur qui chaque jour m’appelle.

Restez en paix.

Mes chers disparus,

de Mela NENKO.

Ivry Sur Seine, le 09/05/2016

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