« Tu peux choisir ta vie, il suffit de définir ce que tu veux, croire que tu peux y arriver et œuvrer chaque jour pour atteindre tes objectifs ».

Tel est le résumé que l’on porrait faire du roman auto édité Dans la peau d’Audie, premier roman de l’auteure et blogueuse littéraire, Cherifa Tabiou.

Pour l’auteure, africaine et passionnée de littérature, cette comédie romantique, sortit en octobre 2018 (annonce faite sur le blog de l’auteure) est l’aboutissement d’un travail acharné et d’une détermination sans faille. C’est ce trait de caractère qu’incarne l’héroïne principale de l’histoire.

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Femme déterminée et ambitieuse lorsqu’elle revêt la tenue d’Audie, Sarah Assoumou, togolaise de 30 ans, est célibataire. Elle travaille en qualité d’attachée de presse pour une agence évènementielle au sein de laquelle elle se sent incomprise et maltraitée. Depuis quatre ans, travailleuse acharnée, elle ne reçoit aucune reconnaissance au sein de sa boîte, et particulièrement de la part d’Isabelle Marquay, sa chef et directrice d’agence, présentée dans le roman comme une dictatrice ne possédant aucune créativité et voleuse d’idées.

Au sein d’un environnement de travail pesant, stressant et empli de jalousie, Sarah trouve de l’apaisement dans son rituel du matin, les rêves dans lesquels elle s’imagine une autre vie et les afterworks avec ses amis, Claire, Vanny, Laurie, Maud et Sam. Cependant, à 30 ans, elle voudrait avoir une autre vie tant elle s’imagine avoir très peu réussi aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Toutefois, sa vie bascule lorsqu’elle assure l’intérim du poste de directeur stratégique à Sunshine Marquay, à la place de Tidiane renvoyé.

Sarah se dévoue entièrement à son travail et présente de bons résultats mais est une nouvelle fois bafouée dans son honneur lorsque la directrice de l’agence décide de s’arroger tous les mérites de ce travail, et de nommer un autre directeur stratégique à sa place sans lui en parler. Elle décide donc de devenir audacieuse, revêt la tenue d’Audie et démissionne. C’est le début d’une nouvelle aventure pour Sarah Assoumou.

La crème des « looseuses » se découvre, la « vieille fille à marier de toute urgence » disparaît, la « fille qui a toutes les raisons d’être malheureuse et qui tient bon » donne lieu à la fille qui a toutes les raisons d’être malheureuse mais décide de ne pas l’être. Audie vit et Tristie se meurt. Le speech vie parfaite et heureuse n’est plus seulement un speech mais devient une opération mise en place avec des stratégies et des objectifs à atteindre.

Tout au long de son aventure, Sarah rencontre aussi et finalement l’amour car il faut le dire, le fait qu’elle ne soit pas encore mariée à son âge est une préoccupation tant pour sa mère que pour ses amies de toujours, déjà toutes mariées ou en cours de se marier. Ce fait aussi lui était répété tous les jours ; elle ne respectait pas « les codes de la vie » article 640-1.

Le roman de Cherifa Tabiou est une bouffée d’air frais. Il m’a rappelé les collections Harlequins que je lisais à mes dix-huit ans, les romans à l’eau de rose comme on les appelle et qui nous faisaient entrer dans un autre monde mais à la fin de la lecture, on se disait « ce genre de trucs ne se produisent pas dans la réalité ». Tous les ingrédients y sont : une jeune femme simple, de classe moyenne, jolie mais pas fameuse, et un homme grand, beau, ultra-séduisant, riche, homme d’affaires réputé, le genre inaccessible pour de simples femmes ; galeries d’art, agence évènementielle, monde huppé, deux classes sociales différentes, deux modes de vie inconciliables mais qui après moult péripéties finissent par se retrouver.

Cependant, il existe une réelle différence entre ce roman et les Harlequins. Cette jeune fille talentueuse et créative qui en a marre de son quotidien, qui reçoit des pressions au sein de son entreprise, qui malgré son dévouement et sa compétence ne reçoit aucune reconnaissance de la part de son chef ; cette jeune fille qui reçoit aussi les pressions de la part de son entourage, cette « vieille fille à marier de toute urgence », qui se refuse de respecter les « codes de la vie » et qui est obligée de s’inventer un speech « vie parfaite et heureuse » dans le but de ne pas être catégorisée comme étant une « looseuse ». Cette fille existe bel et bien dans notre réalité quotidienne. Cette mère toujours inquiète de l’avenir de sa fille, cette famille éloignée toujours présente (tante, oncle, neveux et nièces), ces amis toujours bienveillants mais qui n’oublient pas de te rappeler ce que l’on attend de toi, ces collègues qui vous mettent les bâtons dans les roues, qui vous méprisent ou qui vous encensent, qui vous jalousent ou qui vous aiment, représentent les réalités quotidiennes tant en ce qui concerne les réalités culturelles africaines que celles occidentales ; Tout cela représente notre vécu quotidien.

Il faut dire que nous assistons aussi à un métissage culturel lorsque l’auteure effectue le choix des protagonistes. Sarah est togolaise, le bel homme, Alexander Ankrah, PDG des galeries Blue Hands, est issue d’un métissage ; ces deux sont entourés d’amis anglais, français, créoles, sénégalais, algériens et africains de manière générale. Ce mixage culturel est important car il représente l’ouverture au monde nécessaire à la compréhension de l’ouvrage si l’on conçoit que l’intérêt du livre est sa modernité et sa volonté d’intéresser tout passionné de lecture.

Dans la peau d’Audie est un roman moderne alliant réalisme et imaginaire. L’auteure effectue un déroulement linéaire des évènements en les datant mais tout au long de la narration, le personnage principal effectue non seulement des feedbacks parfois teintés de regrets mais aussi, à travers ses rêves, des projections sur l’avenir.

Cherifa Tabiou présente dans le roman, le parcours de jeunes personnes ordinaires qui se doivent de s’astreindre aux codes et éthiques de la vie mais par peur de l’échec, préfèrent vivre leurs vies à travers des rêves et le visionnage des téléfilms. Cette jeunesse active qui veut réussir aussi bien dans ses projets professionnels que personnels tout en se fondant dans le moule de la société.

« Doit-on réellement se fondre dans le moule ? Doit-on réellement respecter les codes et étiques de la vie ? » On peut reprocher à l’auteure de n’avoir pas voulu répondre à cette question. À part la colère que pique Sarah lors du mariage de son amie, on n’a pas l’impression que la protagoniste principale veule se défaire de ces clichés. Entre ses « opérations vie parfaite » et ses pleurs le soir au coucher, la jeune fille, qui a toutes les raisons d’être malheureuse mais qui tient bon, décide de s’affranchir de certaines règles tout en se soumettant à d’autres. Le « Girl power » est mis en avant mais avec ses limites.

On peut aussi reprocher à Cherifa Tabiou l’utilisation du terme « noir » pour désigner la négativité des évènements. « Voir les choses en noir… », « colère noire… », etc… Ces expressions sont des termes à bannir si l’on parle de littérature positive et panafricaniste. Une émotion négative ne saurait être décrite en noir ; c’est aussi cela la modernité dans le domaine de la littérature africaine. Les quelques coquilles présentes dans le livre peuvent être assimilées à des erreurs de frappe. L’utilisation des langues française et anglaise ajoute une touche de modernité à ce livre. Le langage courant et le style familier et simple rendent la lecture digeste et facile. Ce roman est tout simplement un « Danielle Steel » sans les tragédies racontées.

Ce livre peut être lu et relu sans en ternir la beauté. Il représente notre réel et chaque personne peut se reconnaître dans l’un des personnages. La narratrice nous dirige dans une sorte de contes de fées bien réelles tout en donnant la sensation au lecteur qu’il peut aussi choisir de vivre cette vie : il suffirait de se défaire de ses chaînes et de se choisir un autre avenir. Ce roman est recommandé à toute personne passionnée de lecture, à toute personne qui aurait besoin d’un coup de pouce pour prendre une décision radicale, à toute personne qui ose croire en ses rêves et les vivre en grand, à toute personne qui souhaite tout simplement s’évader à travers la lecture et particulièrement à toutes ces personnes qui aiment les dénouements heureux. Ce roman est un chef d’œuvre qui mérite toute notre attention et notre approbation.

Ramcesse CHETMI S.

 

 

 

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