Certains livres se moquent de l’usure du temps : « C’est le soleil… » de Beyala est un bel exemple. Publié en 1987, ce travail romanesque n’a rien perdu ni de son caractère autoritaire et incisif ni de son zèle et de son ton truculent.

En effet, c’est dans un style transgressif et carnavalesque que l’auteure s’engage à dé-construire l’hégémonie du patriarcat dans un contexte où la femme est d’emblée consacrée « reine des fourneaux, pour préparer des petits plats idiots à un idiot qui porte une idiotie entre les jambes » : l’homme !

Tout est tissé autour d’Atéba Léocadie : Une jeune fille, abandonnée par sa mère prostituée, qui vit avec sa tante prostituée au QG. Un quartier malfamé où la prostitution est un héritage de famille, le viol un culte, l’avortement une échappatoire et « la mort une libération ». Ateba tient les hommes responsables de sa misère et de sa souffrance. Ainsi, devenue prostituée, elle tue violemment l’homme qui l’a violée. En effet, son acte criminel se poserait comme une séance d’exorcisme et de désenvoûtement. C’est-à-dire, une libération qui passe non seulement par la vengeance de sa mère et de sa tante, mais également de toutes les femmes victimes des violences psychosomatiques.

Le projet Beyalien offre en lieu et place une manière d’écriture du corps de la femme. L’écriture de la femme par la femme. Mieux, la construction d’une solidarité féminine atypique. Plus amplement, une dé-construction de l’hégémonie du patriarcat, qui resulterait de l’exacerbation de la domination masculine et de la marginalisation des femmes. Autrement dit, c’est le symbole de la transposition, en inversement de sens et en sens inversé, des paradigmes qui permettraient la lisibilité de la prise de parole par la femme. C’est alors une aubaine pour celle-ci de donner un véritable sens à « … son histoire sur son corps : une manière de réappropriation de sa condition de sujet, c’est-à-dire un être libre qui décide de son avenir » à la Charles Gueboguo.

Beyala suggérerait donc, par ailleurs, de repenser la pratique sexuelle à la manière de Frieda Ekotto (Portrait d’une jeune artiste de Bona Mbella) et de Karim Deya (J’attends mon mari). C’est-à-dire, faire entendre la vibrante profondeur du silence et de la souffrance du vécu sociosexuel des minorités dans un contexte africain où parler de sexualité serait encore tabou…Mythe !

Baltazar Atangana Noah (Nkul Beti).

Écrivain, critique littéraire et chroniqueur

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