C’est un classique. Les spectateurs ne se souviennent même plus de l’auteur de la pièce, mais sont tous d’accord sur une chose : c’est l’une des meilleures dans son genre, sinon la meilleure. Tant de fois rejouée, réadaptée, modernisée ! Rien n’y fait, le public reste scotché à son siège, boit du regard la théâtrale agonie de ces âmes. On comprend mieux le sens du mot fidélité.

Comment ne pas être fasciné par une telle symbiose ? Ce jeu complice entre le public et les âmes actrices, ballet gratuit, sans régisseur et sans script. Les âmes savent d’avance le déroulement du prochain tableau, au mot près, et pourtant l’attendent, le cœur et le corps en rut. Elles savent aussi comment réagira le public lorsqu’il faudra répondre à leurs « Alléluia », martelés sans cesse au rythme de leurs coïts de paumés. « Floc, floc, floc ». Même la sono est une habituée des lieux.

« Amen » ! Ils ont mis leurs plus beaux habits pour cette unième première. Ils espèrent tous que le spectacle qu’ils ont vu des centaines de fois leur réservera une grosse surprise. Surtout avec la nouvelle âme, Nyala, tête d’affiche du spectacle. Elle est magnifique ! Elle apportera certainement un souffle nouveau à ce rôle. Ils donneraient même tout leur salaire juste pour avoir une place aux premiers rangs. Celle-ci est vraiment spéciale. Elle a ce petit « je ne sais quoi » … Pas comme la dernière, Mélia, qui pourtant semblait prometteuse. Oh qu’ils ont rêvé d’elle ! Mais, le charme s’étant allié au rideau du théâtre, ils sont tombés dans une synchronie que seul le créateur de tout le cosmos pourrait reproduire. Ce qui rendait Anastasia intéressante, c’était qu’on ne savait rien d’elle ; femme mystérieuse avec de gros nichons. Oui les nichons sont toujours un plus, ça c’est sûr. Plus ils sont gros, plus la nouvelle âme a des chances de tenir quelques jours après la fin du spectacle. Prisca, Chantal, Nina, elles avaient eu leur chance mais n’ont pas su étonner ce public de plus en plus exigeant. Même pas Xuang Li. Et pourtant, sa peau…un vrai velouté de mangue. Elle mériterait bien une seconde chance.

« Chuuuut !» La meilleure scène s’annonce. Ils savaient tous qu’elle viendrait, fidèle à son rendez-vous. C’est une véritable histoire d’amour entre les âmes et leur public. L’air est lourd, chargé de bits et de pixels, bientôt le bug…

« BRAVO ! BRAVO ! ». Standing ovation pour l’une des plus médiocre représentation que le ballet ait connue ! Nyala a des chances de rester. Elle le ressent. Ce public n’a pas l’exigence de celui d’antan, lorsqu’elle était encore sur les bancs de l’école. Elle ne coûte pas cher. Elle est même prête à revoir son salaire à la baisse. Trop d’âmes en peine concurrentes pour un public inculte, peuplés de zombies. La crise a aussi frappé le secteur de plein fouet. Elle fera avec, et eux n’auront pas le choix.

par T.Dan

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