Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Le septentrion du Cameroun vient une fois de plus d’être honoré par la publication d’un recueil de poème-chants et maximes qui fera date sans aucun doute. Après Clément Dili Palaï, Yaoudam Élisabeth, Kolyang Taiwé, et bien d’autres, Assana Brahim est un nom auquel le champ littéraire camerounais doit désormais s’accoutumer.

Assana Brahim est un jeune auteur camerounais qui adore jouer avec les mots et a déjà publié en 2012, toujours chez Ifrikya, un recueil de poèmes-chants intitulé, L’Éclipse du désespoir dans la collection la «Ronde ». Il nous revient en 2016 avec ce second recueil, Amour de la Sagesse et Sagesse de l’Amour.

Assana Brahimnaît en 1983 à Kousserie. De nature conviviale, cultivé et ouvert, le poète est un amoureux des belles lettres. Il est aussi un enseignant des sciences du langage et des arts de spectacle à l’université de Ngaoundéré. Il est également délégué régional de l’Association des poètes et écrivains du Cameroun pour la région de l’Adamaoua.

Dans son dernier recueil, l’auteur nous présente des poèmes-chants et maximes répertoriés sur deux livres. Le livre I, intitulé “Amour de la Sagesse”, est organisé sur deux parties intitulées chacune “Poèmes-chants de la Foi” et “Poèmes-chants de la Sapience”.

Le livre II, intitulé “Sagesses de l’Amour”, est également organisé autour de deux parties, dont les titres sont : “L’art d’aimer” et “L’or de l’Amour”.

À travers 64 Poèmes-chants et des maximes introduisant chaque partie et chaque poème de son recueil, l’auteur nous invite à la découverte de deux puissances créatrices de l’univers que sont l’Amour et la Sagesse. Par des « jambements de passes et des passements de jambes », l’auteur invite son lecteur à un jeu ; celui du jeu de mots, d’images. Il fait découvrir le plaisir des mots et leur sonorité, la beauté des sentiments et leur signification.

La poésie est loin d’être un style facile à appréhender. L’auteur conscient de ce fait propose des créations écrites dans un langage simple, accessible à la majorité, qui nécessite tout de même une bonne concentration et une disposition conséquente.

La lecture de la poésie est une activité mielleuse mais capricieuse. Pour en déguster les saveurs, il est impératif pour le lecteur d’accorder au poème toute son écoute, toute sa sensibilité et toute sa réflexion sinon celui-ci court le risque de rester imperméable au texte et de ressortir bredouille de sa lecture.

Il s’avère donc que pour lire Amour de la Sagesse et Sagesse de l’Amour, le lecteur doit retrouver son cœur d’enfant, son innocence afin d’être en mesure de se laisser émerveiller par les divers paysages que nous dépeint le poète.

Cet ouvrage propose des poèmes-chants de différentes longueurs. Elles font corps avec les illustrations. Ces poèmes-chants sont chacun accompagnés de maxime pour aider le lecteur dans sa quête de la sagesse. Ce qui est génial avec ces textes, c’est que l’auteur joue avec les mots sur plusieurs degrés. Dans la composition de ses poèmes, il y va par des découpages séquentiels de mots, des jeux de syllabes et de lettres, des étirements de sonorité.

Au niveau du jeu des sonorités, simplement entendus, ces changements pourraient passer inaperçus mais lorsque lecteur lit, il est intéressant de voir sa réaction. Par exemple : «L’amour toujours ne vient qu’une seule fois toujours seule la voix lui donne une voie» P85.

Dans la formulation des titres des divers poèmes, l’auteur fait usage d’un lexique structuré autour de l’amour, de la sagesse, de spiritualité et de patriotisme. La présence de ces titres de poèmes et des maximes rend la lecture fluide et agréable. Ce champ lexical a le mérite d’éveiller la curiosité du lecteur, de le captiver et de le pousser à vouloir en lire davantage. Les maximes quant à elle poussent à la réflexion. Elles ont pour but de titiller l’égo de l’Homme, de le mettre au défi afin d’en cerner la quintessence. Une fois arrivé, le lecteur sort de sa réflexion heureux, rempli d’une nouvelle sagesse.

Dans ses poèmes, Assana Brahim ne s’est pas uniquement attaché au rythme, aux sonorités et au jeu de rime comme les poètes classiques français. Mais il utilise également le vers libre comme les rénovateurs de la poésie mondiale. La construction d’ensemble des poèmes de ce recueil est nouvelle : certains poèmes sont courts et se présentent sous forme d’une seule strophe. Ce cas est observable dans le poème intitulé “Lyrisme” à la P94. D’autres poèmes par contre sont longs et composés de toutes sortes de strophes. Le poème par exemple de la P63 intitulé “Patriotisme”, renferme à la fois des quatrains, sixains. La longueur des strophes dépend des sentiments et des sujets dont traite le poète Assana Brahim.

Le poète ne se contente plus de la métrique de la poésie classique. En lieu et place des octosyllabes, décasyllabes ou alexandrins, l’auteur utilise un style plus libre et personnalisé. Il donne à sa poésie un aspect nouveau, charmant et merveilleux. En lisant la poésie d’Assana Brahim, on éprouve une sensation de défoulement.

Dans l’écriture des poèmes de l’ouvrage, dans le choix de sa ponctuation, l’auteur fait une abstraction quasi totale du point d’interrogation et de la virgule. Il n’emploie en effet qu’une seule fois ce point durant toute l’aventure et ceci a la page 65, dans son poème intitulé “Arbre de mon village”. On est porté à se demander la raison de ce choix. Plongé dans l’univers de la sagesse, qui est un perpétuel questionnement pourquoi choisir de faire abstraction du point d’interrogation?

L’auteur accorde une importance à l’homme et au pluralisme identitaire. Il décrit une société dans laquelle doivent se côtoyer des individus de diverses cultures et croyances, mais qui ont ceci en commun: le besoin d’amour et de sagesse.

Une telle poésie défendant ces éléments essentiels de notre existence en tant qu’être humain mérite donc d’être lues, relues et méditées.

Par Rosine Dayo

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