La première et la quatrième de couverture du Roman d’Assana Brahim mettent en vitrine du vert, partout du vert, avec une bonne dose de noir. Comme un trop-plein d’innocence dans lequel une noirceur s’amène, et avec elle le malheur, la mort.

Il y a de cela un an, j’ai durant l’une de mes descentes en librairie déniché un des bijoux d’Assana Brahim. Il s’agissait d’un recueil de poèmes. Il nous avait alors offert une délicieuse et douce ballade entre L’Amour de la Sagesse et la Sagesse de l’Amour(Ifrikiya). Il nous revient cette fois avec un nouveau genre, une nouvelle maison d’édition (Proximité), une nouvelle personnalité tout à faire contraire à la précédente. Mais que s’est-il passé ? Pourrait-on se demander. Mais qu’est-il arrivé à cet Assana Brahim passionné d’Amour et plein d’enthousiasme et d’espoir? L’espoir se serait-il éclipsé ?

Assana Brahim est enseignant à l’université de Ngaoundéré au Cameroun. Il y donne des cours de Sciences du langage mais aussi d’Arts de Spectacle. Depuis 2009, il est également président de la Ronde des poètes pour l’Antenne de l’Adamaoua et depuis 2017, délégué régional de l’Association des Poètes et Écrivains du Cameroun (Apec). Il a à ses actifs trois joyaux, L’Éclipse du Désespoir 2012, Amour de la Sagesse et Sagesse de l’Amour (2017) et aujourd’hui Les Blancs arrivent !

Une transmission de la mémoire autour du feu

La parole est l’album du monde : elle nous jette dans les puits de la nostalgie profonde ; elle nous fait chuter dans l’air des souvenirs et au fond des pleurs, elle mouille notre âme pour que nous remontions du passé avec de grandes ailes et de doux yeux d’enfants.

C’est sur cette sagesse que le griot donne du rythme à ses apparitions lors de ces soirées autour du feu. Les Blancs arrivent ! est en effet un récit griotique. Il est conté par un vieux griot qui à l’occasion des veillées littéraires veille à transmettre les mémoires du passé et les sagesses de son peuple, de génération en génération.

Durant quatre veillées, le griot conte quatre principales histoires.

La première veillée qui s’intitule Le guerrier de Rabah nous invite à la découverte d’un personnage historique et mythique de la résistance dans la région du Logone à la frontière du Cameroun et du Tchad. Le griot décrit le personnage redoutable et redouté qu’incarnait Rabah. Il conte sa vie et sa mort. Avec lui, on apprend l’arrivée imminente des Blancs, leurs intentions mais aussi la question de savoir comment il fallait se préparer à cette arrivée.

La deuxième veillée vient nous parler de La mort de Rabah. Ce récit nous apprend que la source de notre perte n’est jamais très loin. Elle ne vient jamais de vos ennemis, mais de ceux en qui vous avez le plus confiance.

« Le tirailleur tout enthousiasme courut annoncer la macabre bonne nouvelle à Gentil qui exigea de voir le corps…

– Comment sais-tu que c’est Rabah, lui demanda Gentil ?

– Je le connais, puisque j’étais son soldat ! ».

De Gaule arrive ! est la troisième veillée. Durant celle-ci, le griot conte les réalités de la résistance pendant l’installation des Blancs en Afrique et au Cameroun précisément, avec des phénomènes et acteur historiques tels que le maquis, Ruben Um Nyobé, l’UPC. Ici on note l’entrée en scène de Girène, un personnage épique qui, traumatisé par les affres de la guerre, décida de rentrer auprès de ses parents. De retour dans son village, Girène n’était plus le même. Il était désormais un ancien combattant, un fou pour certains et un « Buffalo Soldier » pour d’autres. Il sombra dans l’alcool. Un soir, son grand-père, pour l’exorciser des cauchemars de guerre, l’emmena à une de ces soirées littéraires que donnait le vieux griot. Ce soir-là, le griot conta L’Épopée de Lahan, la sœur d’Abraham Pétrovitch Hannibal qui se noya en essayant d’empêcher que son frère fût expédié chez les blancs. C’est un récit sur la mort. Ce récit eut pour effet de faire sombrer les auditeurs dans une méditation. Comment aimerais-je mourir ? Pour Girène, mourir comme les héros de l’histoire : en martyr.

Création couverture de livre

 

Dans Le mariage de l’ancien combattant et Les fables du mariage, le griot fabuliste donne des conseils sur le mariage. On constate avec tristesse que les jeunes, à cause du manque de connaissances, se détruisent chaque jour. Nombreux sont-ils qui ont ruiné entièrement leur vie par le mariage.

« L’homme veut savoir si l’on l’aime, la femme veut le voir. Ô sacré Bachir, sais-tu qu’on ne se marie pas pour résoudre un problème de solitude, mais on peut le dissoudre dans une solution de sollicitude ».

 

Dans l’École des Blancs, alors que deux villages se font la guerre pour un problème foncier, les blancs qui auparavant étaient l’ennemi commun, devint la solution à leur conflit.

« Arrêtez ! Je suis Girène, le guerrier de Rabah, le tirailleur sénégalais, le survivant de toutes les guerres mondiales, qui vous ordonne de cesser le combat et de faire de ce lopin de terre une école qui servira à éduquer vos enfants et à leur assurer un meilleur avenir ».

La décision de créer une école fut acceptée de tous. Seulement sa concrétisation tarda à se faire et le peuple en eut marre. Et la mort revint au galop. Les blancs étaient là. Où ? Me demanderiez-vous. La réponse se trouve à la 128e page de ce roman.

Il est vrai que çà et là on retrouve quelques coquilles, des erreurs d’édition mais l’histoire en elle-même vous captive. Il y a de la cruauté, du tragique, de la mort, du sang, de la tristesse, un soupçon d’amour. Les Blancs arrivent ! est un roman tragique. Tout amoureux du tragique pourrait parfaitement y trouver son compte.

Rosine Dayo

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