Vous êtes hypnotisé, scotché.

Quand il publie un nouveau livre, vous allez immédiatement l’acheter chez le libraire et le lire. Vous savez ce livre si particulier à vos yeux, qui vous plaît plus que tout autre livre. Quand vous l’avez, vous pouvez passer des heures dessus, sans voir le temps qui passe. De qui je parle ? De votre auteur préféré.

Tel est pour moi l’auteur que je m’en vais vous présenter aujourd’hui. Un romancier dont le roman du jour est son second joyau. En 2002, il publia son roman Moi Taximan. Puis en 2010, Au pays de (s) intégré (s). Il s’agit d’un roman de 156 pages paru aux Éditions CLE . L’auteur de cette enrichissante découverte est un professeur d’université aujourd’hui à la retraite. Passionné de littérature orale et plus particulièrement de la littérature orale bamiléké du Cameroun, Gabriel Kuitche Fonkou, avec tact et finesse, réussit à transmettre à ses lecteurs son amour pour la sagesse africaine. Avec lui le lecteur ne s’ennuie pas. Il a le don de vous faire intégrer son univers, de vous transmettre la sensation de vivre l’intrigue et non tout simplement de la lire ou de la subir.

L’histoire de Au pays de (s) intégré (s) se déroule dans un pays africain nommé la Mécarénésie. Ce pays est caractérisé par la diversité de culture de ses habitants mais aussi par une volonté de l’État d’incarner l’image d’un pays des hommes intègres et de prôner le développement de toutes les cultures. Gabriel K. Fonkou décrit la vie d’un jeune et brillant élève qui au début de sa vie se nomme Zal Moundjoa. L’enfant, après son admission au concours d’entrée en classe de 6e, va rejoindre d’autres jeunes de diverses provenances au Grand Lycée de la capitale. Dans cette république des hommes intègres, les personnages vont nous montrer à quel point le nom donné à un enfant peut-être catalyseur ou propulseur de son bonheur et de son destin. En effet, ayant découvert sur son acte de naissance qu’il est fils de son grand-père, il se bat pour retrouver son véritable père et changer son nom. Il portera désormais le nom de Naoussi Tchónet. Par ce changement de nom, il acquiert une nouvelle appartenance culturelle qui durant sa vie va très souvent lui porter malheur. À ses dépens, il va apprendre qu’il vit dans un pays qui récompense non pas le mérite ou la naissance, mais « Le mérite dans la naissance ».

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« Moi, c’est mon oncle. Cela fait que n’importe comment j’aurai ma part de bouffe. Le mortier de notre famille est désormais plein de légumes. Nous devons nous empiffrer. Quand hier ce n’était pas nous, nous serrions la ceinture. Quand demain ce ne sera plus nous, nous aurons eu le temps d’engranger, pour nous et pour notre descendance jusqu’à la quatorzième génération ».

Gabriel K. Fonkou peint une société où règnent en maîtres absolus, le népotisme, l’égoïsme, la corruption et la désintégration de personnes dites intégrées.

L’auteur a choisi le langage familier, ce choix lui permettant d’être plus proche de son lecteur, de le toucher et parfois de le choquer pour le faire réagir. Par ce choix, Gabriel K. Fonkou fait preuve de naturel dans son écriture. Il utilise ce procédé littéraire pour rejeter toutes les formes d’idéalisation de la réalité et pour représenter la société de son temps. Il ne cache pas la vérité sur la société.

On relève également que l’auteur utilise ce langage pour faire rire le lecteur. Ses personnages ont tendance à parler avec des mots et expressions du registre familier pour montrer qu’ils font partie de la classe populaire. Toutefois, il l’utilise avec modération car le langage familier est un outil littéraire très délicat. Gabriel K. Fonkou n’en abuse pas et le mélange à un langage soutenu. Faire usage d’un langage familier uniquement enlèverait la beauté du texte et le texte n’aurait non seulement plus de sens, mais sa lecture se verrait plus compliquée.

Alors que l’on croit vivre dans un pays des hommes intègres ayant suivi une éducation qui prône la diversité culturelle, le bon vivre ensemble, l’ouverture, il est stupéfiant de voir ces derniers devenirs des acteurs et promoteurs de la désintégration. L’on se demande alors comment s’intégrer dans un pays qui se désintègre ?

C’est le roman d’une vraie désintégration énonçant un soupçon d’intégration. Le personnage principal illustre un jeune homme qui a su s’intégrer, se désintégrer puis se réintégrer pour demeurer intègre dans tous les milieux où la vie l’a conduit.

C’est fascinant, de voir la manière avec laquelle Gabriel K. Fonkou façonne ses personnages, comment il leur donne la parole, comment il donne le sentiment du réel, du vivant à ceux-ci. Dans la narration de situations pourtant tragiques et révoltantes, l’auteur trouve toujours le mot juste, la sagesse juste pour maintenir de bons sentiments dans le cœur de son lecteur. Quand bien même les épreuves par lesquelles passent les personnages vous donnent des envies de haine, de vengeance et de guerre, l’auteur est là ; et de façon tout à fait subtile il apaise votre cœur et réussit à faire apparaître sur votre visage un sourire, pour vous rappeler l’essence de la lecture qui est avant tout de divertir, de procurer un sentiment de bien-être, le beau.

Au pays dé (s) intégré (s). C’est sur ce jeu de mots et de sens que le lecteur entame l’aventure. Des intègres aux désintégrés, la problématique de l’intégrité se pose. Au pays des intégrés, qui est celui-là que l’on intègre ? Qui est celui-là que l’on désintègre ? Comment être intègre dans un pays désintégré ? Jusqu’où ira la désintégration ?

C’est avec un réel plaisir que j’ai lu ce roman et c’est avec ce même sentiment que je vous le recommande vivement.

Par Rosine Dayo

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Au pays de(s) intégré(s) de Gabriel K. Fonkou ou comment être intègre dans un pays désintégré
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