La littérature camerounaise est en plein essor. Des jeunes pétris de talents et passionnés mettent tous les jours des œuvres littéraires sur le marché. Mais avec grand regret, nous assistons à la « mort subite et précoce » de ces auteurs. Rares sont ceux qui publient plus d’un ouvrage. Dès lors, certains ont tôt fait de voir dans cette situation un manque d’inspiration ou de talent de nos jeunes auteurs. Mais que nenni : faute est bien celle des lecteurs.

Le lecteur introuvable

Oui, il faut le dire sans contournement ; c’est nous qui laissons nos auteurs « mourir », c’est nous qui « tuons » nos auteurs en ne les encourageant pas à continuer de nous donner de la substance, parce que nous ne nous intéressons pas à la lecture. Mais à bien y regarder, je pense que le problème se trouve bien au-delà de notre amour pour la lecture.

Le plaisir de lire dans les pays africains, à divers degrés bien entendu, est si rare. Les Camerounais, les Ivoiriens, les Maliens, les Sénégalais, et bien d’autres encore connaissent ce problème, ce fléau. Il est dit partout que les Africains ne lisent pas. Que si vous voulez leur cacher quelque chose, mettez-le dans un livre… NON ! Je dirai plus tôt que les Africains n’achètent pas les livres ; ils ont la capacité de lire. C’est la paresse qui tue. D’ailleurs il suffit de faire un tour dans les kiosques ou devant les vitrines des librairies pour voir des personnes lisant les titres ou feuilletant les pages mais qui n’achètent pas les livres. Les raisons sont variées et nombreuses.

Un potentiel inexploité

Il faut observer les potentiels lecteurs devant les rayons de livres pour comprendre qu’ils aimeraient pouvoir lire des livres de toutes sortes. Ils sont bien motivés mais on dirait qu’ils attendent un déclic qui viendrait les convaincre d’acheter ce livre qui les tente.

Parfois, ils reçoivent de mauvaises orientations et se retrouvent coincés en pleine lecture avec ce que je ne qualifierais pas de mauvais livres, mais des livres qui ne siéent pas à leur identité psychologique et physique. Ils se retrouvent souvent face à des livres très volumineux, d’un style très lourd ou alors sans intérêt pour l’horizon d’attente du jeune lecteur qu’il est.

L’autonomisation du littéraire

Ce constat indique la nécessité d’un accompagnement du lecteur non seulement par la critique, mais également par l’auteur. En publiant le fruit de son imagination, il devient un personnage public qui devrait œuvrer à la reconnaissance et à la professionnalisation de sa passion dans son environnement. Nos romanciers, nos poètes, nos dramaturges, qui sont-ils ? Où sont-ils ? Dans le contexte de précarité qu’est l’Afrique, l’auteur ne devrait pas être celui-là qui, après avoir publié son livre, s’assoit chez lui et croise les bras. Il devrait réfléchir, en collaboration avec son éditeur, sur les stratégies à mettre sur pied pour lui construire une personnalité, une image forte dans le champ social, car comme le disent les experts en marketing, il est question pour lui de se vendre.

La magie de la lecture

La lecture est un voyage qui ouvre ses portes vers l’aventure. Elle t’offre des privilèges qui ne se trouvent nulle part ailleurs. C’est un jet privé qui te permet d’atterrir où que tu veuilles sans avoir à décoller de ton lit. Ce voyage a toutefois un prix. Il a besoin que tu revoies l’organisation de ton temps. Lire est le meilleur moyen de s’éduquer, s’informer et de se former. Lire, c’est se donner le droit de rêver, d’aller à la découverte du monde ; lire c’est avoir le pouvoir de créer son monde à son image. À présent, il est important pour chacun de revoir l’organisation de son temps. Devrait cette activité de lecture appartenir aux priorités de tes journées ou être considérée comme une distraction ? C’est à toi de voir.

La littérature camerounaise est là mais…

Les littératures camerounaise et africaine entreposées dans les rayons des kiosques et librairies n’attendent qu’un lecteur pour prendre vie. Les auteurs n’attendent que toi pour sortir leurs manuscrits des tiroirs et les publier. Les éditeurs n’attendent plus que toi pour se lancer à la chasse de nouveaux talents à publier. Es-tu surpris ?

L’éditeur est en réalité un investisseur. Pour produire un auteur il a besoin d’être serein sur le risque qu’il prend. Il a besoin de savoir qu’il trouvera des lecteurs pour le livre qu’il produira. Toi, lecteur, tu es l’Alpha et l’Oméga de la chaîne du livre. Tu es le centre de la production et de la réception de la production littéraire de ton pays, de ton continent. Il ne tient qu’à toi de faire BRILLER le livre, de faire BRILLER TA VIE.

Le texte littéraire, comparable à un caméléon

Une fois qu’une œuvre est née, elle n’appartient plus à l’auteur mais à nous les lecteurs. Le livre dès lors qu’il est produit est semblable à de l’argile ; il prend forme, se déforme, prend de nouvelles formes en fonction des mains entre lesquelles il se retrouve. Une poésie de Jean Claude Awono peut se retrouver entre les mains de Charlotte Dipanda et se transformer en une merveilleuse mélodie. Un roman d’Uzodinma Iweala peut faire tomber sous son charme un Thierry Tamack ou Jean-Pierre Bekolo qui le transformera en une œuvre cinématographique. Une pièce théâtrale de Seydou Badian peut se retrouver entre les mains d’un artiste qui décide d’en faire une magnifique représentation théâtrale. Un livre écrit en langue française pourrait émouvoir un traducteur qui le ferait traverser les frontières linguistiques en lui accordant une tout autre existence en anglais, en Nguemba, en Wolof ou dans une autre langue. Le livre peut se retrouver entre les mains d’une âme sensible et changer le cours d’une vie, d’une famille, d’une société.

À toi de jouer

À toi qui me lis, il ne tient qu’à toi de prendre la bonne décision de lire les auteurs de ton pays, de ton Afrique. Les Camerounais, les Africains, ne lisent pas disent-ils ; il ne tient qu’à toi d’incarner le CHANGEMENT. Va dans la librairie la plus proche. Tu y trouveras de la poésie, des pièces théâtrales, des bandes dessinées, des biographies, des témoignages de l’histoire, des romans de tout ordre. Il ne tiendra qu’à toi de faire ton choix, de demander conseil si tu en éprouves le besoin. Où que tu sois au Cameroun, en Afrique, Afrolivresque sera là pour t’accompagner dans ton aventure en tant que lecteur. Nous t’aiderons à retrouver les librairies qui se trouvent dans ton entourage, te proposerons des lectures, des auteurs et éditeurs qui t’aideront à trouver les lectures qui cadrent avec tes besoins quotidiens.

Lisons, donnons vie à nos auteurs et à leurs œuvres.

Par Rosine Dayo

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