Si certains jettent leur dévolu sur la violence pour crier haro sur les insanités de ce monde, Fotso Sop a quant à lui choisi l’écriture pour exprimer sa révolte et sa pensée avec une certaine liberté. Pas l’écriture pour l’écriture. Car, ce serait « un crime de lèse-majesté » envers le souci de mise en dialogue de tendances éthique et esthétique. Mais, une écriture poétique qui « promet des choses » : trêve de ce « Temps de chien » comme quand Patrice Nganang (Temps de chien, Serpent a Plumes 2003), à la quête d’autres réalités que celles qui fondent son quotidien, Yaoundé servant de passerelle, dépeint la face honteuse-laide d’une société en crise de fond et prisonnière de mouvements désordonnés.

Dès lors, puisqu’il sait, comme Mongo Beti (Mongo Beti parle, Ambroise Kom, Homnisphères 2006), que « l’écriture ce n’est pas seulement l’inspiration, ce n’est pas seulement les émotions(…) c’est le choix des mots », le poète choisit avec minutie des mots virils parmi les «  fleuves de mots/ [qui] Déferlent dans [sa] pensée » pour tirer à lettres réelles sur les maux et les tournures d’esprit méphistophéliques qui dépiautent sans scrupule son sociotope. Ainsi, pour mener son entreprise jusqu’au bout de son souffle, la balise de l’originalité de son acte d’écriture est assurée par l’usage du vers court. Une charge électrique pour donner force aux mots de mitrailler, « sans tambour », les maux : « Des fleuves de mots/ [qui] Déferlent/gémissent/soupirent/se lamentent/ [et] S’allument de mille feux » !

Par ailleurs, le caractère méditatif et le pôle réflexif des textes, au fil des pages, poserait ce recueil, à la cinquantaine de poèmes, non seulement comme un «  territoire du jeu [de mots] et des hypothèses »(Kundera), mais également comme cette voix qui mettrait le lectorat devant ses responsabilités dans ce «  pays de la survie » « tout est sec » ». Force serait donc d’avouer que le poète a su saisir la poésie phénoménologique de l’existence (Eva Le Grand). C’est-à-dire que lors de ses ébats avec « la feuille blanche », sous les belles hospices de l’art de la variation et de l’inversion des mots, il a pu construire une « tribune libre » ; mieux, « Paroles » (Prévert) qui dépeignent, sans hyperbole, à la mesure et au rythme des mots, «  les tunnels des misères » de ce monde, à la quête de lui-même, et dont les couleurs sont changeantes à souhait. Mieux, ondoyantes et diverses. Plus précisément, Fotso Sop éclaircit la complexité et les paradoxes de notre monde « Au long des saisons ».

En substance, Couleurs du temps (Ifrikiya, 2014, ISBN : 978-9956-473-84-7) est ce recueil de poèmes lucides-profonds et agréables à lire, qui porte un regard loufoque et aigre-doux à la fois sur les heurs et les malheurs qui travaillent la société.  Et partant, le monde. Tout simplement, de la poésie sans forcer qui déboucherait sur une réflexion qui nous concerne tous : l’angoisse d’être homme dans ce monde, pour danser à l’ombre des mots de Guy Scarpetta (L’impureté), où rien ne semble joué d’avance…à méditer !

 

Baltazar Atangana Noah (Nkul Beti).

Université de Yaoundé I.

(noahatango@yahoo.ca).

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