La parole aux négresses - Awa Thiam - Éditions Saaraba

Révélation des 10 finalistes de la 22e édition du Prix des 5 continents : Qui sont-ils ?

par Chrystelle Ngoulou
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Le Prix des 5 Continents de la Francophonie récompense chaque année une œuvre littéraire de fiction (roman, récit, nouvelles) qui contribue à la promotion de la langue française. Ce prix met en valeur le travail des écrivains de l’espace francophone sur tous les continents. 

Les six comités de lecture ont annoncé en décembre dernier les 10 romans finalistes de la 22ᵉ édition du Prix des 5 continents de la Francophonie 2024. Voici les romans sélectionnés :

1- Les marins ne savent pas nager de Dominique SCALI (Canada-Québec), éditions La Peuplade (Canada-Québec).

Résumé : Danaé Berrubé-Portanguen dite Poussin possède le rare don de savoir nager. Orpheline, tour à tour sauveuse et naufrageuse, elle vit au milieu de l’Atlantique, sur l’île d’Ys, berceau d’un peuple obsédé par l’honneur et le courage. Une île où même les terriens se vantent d’être marins, où seuls les plus braves ont le privilège de vivre dans la cité fortifiée, à l’abri des grandes marées d’équinoxe. Suivant le destin des riverains qui doivent se partager plages et marges, Danaé Poussin se soumettra aux cycles qui animent les mouvements de la mer comme à ceux qui régissent le cœur des hommes. Les marins ne savent pas nager s’adresse à celles et ceux qui, un jour, se sont demandé si c’était la montée des eaux qui les faisait pleurer ou leurs larmes qui faisaient monter les eaux. Dominique Scali signe un roman d’aventures maritimes époustouflant, campé dans un XVIII siècle alternatif salé par l’embrun et rempli de la cruauté du vent.

 

2- Ainsi pleurent nos hommes de Dominique CELIS (Belgique – Rwanda), éditions Philippe Rey (France).

Résumé : Kigali, 2018. Depuis sa rupture avec Vincent, Erika vit sur un fil, et écrit à sa sœur pour  » exorciser de son corps  » un amour-dévastation qui l’habite toujours. Elle raconte son histoire, mais également celle des êtres fragiles auxquels elle est attachée, qui eux aussi tentent de vivre. Avec James, son frère second hand, Manzi, le séduisant karatéka, Maman Colonel, Tonton Damas, les cœurs débordants comme la mousse des bières décapsulées au bar L’Église, ils reconstruisent une nouvelle famille qui illumine ce roman.
Du Rwanda, pays aux mille collines florissantes, où après le génocide des Tutsis chacun a été forcé de tourner la page, Dominique Celis montre que derrière la rhétorique officielle d’unité nationale chacun a  » incarcéré ses peines à perpète « . Des blessures sans cesse ravivées lorsqu’on peut croiser les bourreaux d’hier au détour d’une station-service ou sur la rive calme du lac Kivu…
Dans ce saisissant premier roman, Erika fait le récit d’un amour qui tente de résister à la fatalité tragique héritée du passé. Même lorsque Vincent se sépare d’elle, leur passion charnelle ne faiblit pas, et c’est une femme vibrante de regrets, encore taraudée par le désir, qui rédige ces lettres splendides, puisque sur sa peau  » rien ne veut s’effacer « .

 

3- La musique déréglée du monde de Karim AKOUCHE (Canada – Québec), éditions Druide (Canada-Québec).

 

Résumé :  Sol est né dans la faille de l’Histoire. Ses parents ont été assassinés dès sa naissance. Sauvé par un vieux révolutionnaire, il vit avec lui dans le maquis. Pour l’aider à supporter les horreurs de la guerre, son grand-père adoptif l’initie à l’écriture de la poésie, lui récite des histoires fascinantes et lui promet de l’emmener un jour dans le pays imaginaire de l’ours blanc et du kangourou. Lorsque son protecteur est emprisonné, Sol se réfugie dans une ferme où, avec d’autres saltimbanques, il crée la troupe des Artistes Affamés pour défier les balles et le chaos.

 

 

 

4- Ce que je sais de toi d’Eric CHACOUR (Canada-Québec – Egypte), éditions Alto (Canada-Québec).

Résumé : Le Caire, années 1980. La vie bien rangée de Tarek est devenue un carcan. Jeune médecin ayant repris le cabinet médical de son père, il partage son existence entre un métier prenant et le quotidien familial où se côtoient une discrète femme aimante, une matriarche autoritaire follement éprise de la France, une sœur confidente et la domestique, gardienne des secrets familiaux. L’ouverture par Tarek d’un dispensaire dans le quartier défavorisé du Moqattam est une bouffée d’oxygène, une reconnexion nécessaire au sens de son travail. Jusqu’au jour où une surprenante amitié naît entre lui et un habitant du lieu, Ali, qu’il va prendre sous son aile. Comment celui qui n’a rien peut-il apporter autant à celui qui semble déjà tout avoir ? Un vent de liberté ne tarde pas à ébranler les certitudes de Tarek et bouleverse sa vie.
Premier roman servi par une écriture ciselée, empreint d’humour, de sensualité et de délicatesse, Ce que je sais de toi entraîne le lecteur dans la communauté levantine d’un Caire bouillonnant, depuis le règne de Nasser jusqu’aux années 2000. Au fil de dévoilements successifs distillés avec brio par une audacieuse narration, il décrit un clan déchiré, une société en pleine transformation, et le destin émouvant d’un homme en quête de sa vérité.

 

5- La prophétie de Dali de Balla FOFANA (France – Mali), éditions Grasset et Fasquelle (France).

Résumé : Balla voit son monde s’effondrer lorsque son père abandonne subitement la concession familiale. Jusqu’alors, lui et ses amis jouaient, insouciants, dans la brousse de l’Ouest malien. Souhaitant garantir un avenir à ses enfants, sa mère quitte le village et emmène sa progéniture de Kayes à Bamako et de Bamako à Paris. Arrivé dans une France froide et inhospitalière, Balla ne connaît rien des codes de ce nouveau pays et devient, à six ans, la risée de son école et bientôt de toute sa famille. Squattant chez les uns chez les autres, l’enfant nomade se plonge dans le mutisme et rêve secrètement de revoir son père. Dali, une griotte qui pratique l’art de la divination, prédit un avenir radieux à l’élève parqué dans une classe destinée “aux enfants arriérés ». Depuis, le petit garçon est obsédé par l’intelligence et l’acquisition de la connaissance. Mettra-t-il fin au désespoir de sa mère qui l’emmène de force dans ses cours d’alphabétisation pour essayer de le sortir d’affaire ? Parviendra-t-il à se faire une place dans sa fratrie qui ne croit pas en lui ? La prophétie de Dali se révélera bien plus qu’une simple chimère…

Dans une langue aussi imagée qu’enjouée, Balla Fofana nous livre un très beau premier roman, largement inspiré de sa propre histoire. Il y raconte l’exil à hauteur d’enfant, la violence sourde qu’il engendre, mais surtout la force d’une femme, sa mère, à laquelle il rend un magnifique hommage.

 

6- Rives d’où je vous veille de Jean Baptiste LANNE (France), éditions Présence africaine (France).

Résumé : Après une absence de quatre ans, Gabriel revient à Nairobi pour retrouver deux femmes, Mbonoko et Nancy Gloria, figures mythiques des quartiers populaires de la capitale kenyane. Leur ambition dévorante les a poussées à fonder une radio célèbre, devenir des cheffes, voyager sur l’Atlantique, élever des coqs de combat et mener la Grande Guerre nubienne-luhya de l’automne 2004. Accompagné d’un jeune chauffeur de taxi, Gabriel retrouve leur trace et obtient d’elles la possibilité de recueillir leurs récits. Mais les entretiens ne se passent pas comme prévu. La parole déborde. Peu à peu, c’est une ville hallucinée qui se déploie sous ses yeux. Elle ne le quittera plus. Cette ville-autre qui s’empare de lui, le poursuit sur les boulevards, à l’arrière des taxis, jusque dans les couloirs vides de son petit hôtel, c’est la ville des opprimés et des effarés, la ville des premières désillusions, dont l’histoire n’a jamais été prise au sérieux.

 

7- Évocation d’un mémorial à Venise de Khalid LYAMLAHY (Maroc), éditions Présence africaine (France).

Résumé : Un après-midi de janvier 2017, un jeune réfugié gambien se jette dans le Grand Canal de Venise et se noie sous les regards et les insultes des passants. Il s’appelait Pateh et avait vingt-deux ans. Hanté par ce drame, un jeune écrivain se lance sur ses traces et tente de reconstruire le fil des événements, de mettre en mots son choc et son indignation. Dans un récit en fragments où s’entremêlent fiction et réalité, le narrateur consulte les sites d’information, cherche des indices dans la presse, dévoile des vérités enfouies dans les pages de l’histoire et de la littérature. Au fil d’une quête riche en surprises et en émotions, d’autres histoires se greffent à la première pour sauver de l’oubli des jeunesses noyées dans le tourbillon de l’actualité. De l’Afrique des racines et des ruptures à la Venise des mythes et des illusions, l’écriture est à la fois poétique et solidaire : elle dénonce la haine de l’autre et esquisse un mémorial littéraire pour la dignité humaine.

 

 

8- Peine des Faunes de Annie LULU (Congo – Roumanie), éditions Julliard (France).

Résumé : Peine des Faunes nous plonge dans la vie quotidienne d’une famille tanzanienne en 1986. Rébecca élève huit enfants. Sa fille aînée, Maggie, rêve d’étudier à l’université. Mais Rébecca entre en lutte contre une compagnie pétrolière sur le point d’exproprier les habitants de son village natal. Son départ précipité fait brutalement basculer le destin de Maggie et pose la première pierre d’une tragédie familiale s’étirant sur cinq générations.
De la Tanzanie des années quatre-vingt à l’Écosse contemporaine, Peine des Faunes est une ode poétique à la fragilité de la condition humaine et un urgent plaidoyer pour le vivant. Tissant ensemble les thématiques féministe et environnementale, Annie Lulu brosse une galerie de portraits de femmes inoubliables, dont le combat pour la liberté et la justice finira par être récompensé.

9- Chocolaté de Samy MANGA (Cameroun), éditions Ecosociété (Canada-Québec).

Résumé : De la plantation à notre tablette de chocolat, Samy Manga raconte avec brio tout un monde d’exploitation, à la frontière de l’intime et du politique.
À dix ans, Abéna travaille avec son grand-père dans les plantations de cacao, au Cameroun. Ce vaillant petit général des forêts équatoriales va vite prendre la mesure des dégâts humains et environnementaux causés par la monoculture de la précieuse fève à la base du chocolat. Alors que les pays d’Afrique fournissent environ les deux-tiers de la production mondiale de cacao, que se cache-t-il derrière le commerce de cette matière première parmi les plus prisées au monde ? Au Nord, petits et grands raffolent de desserts et friandises, mais sont-ils conscients de la misère que la « cacaomania » inflige à l’Afrique ?
À travers le parcours d’Abéna, Chocolaté nous révèle le côté obscur de la culture du cacao, emblématique des rapports économiques néocoloniaux qu’entretiennent les multinationales de l’or vert avec les pays du Sud. Pauvreté des producteurs, travail forcé des enfants, empoisonnement aux pesticides, contamination des eaux et des sols, déforestation massive, perte de biodiversité… Pour les pays producteurs africains qui ne touchent qu’une infime fraction des dizaines de milliards de dollars engrangés chaque année par l’industrie, la culture du cacao a un goût bien amer.
Dans ce récit vivant où s’entrecroisent habilement l’élan poétique, la transmission de la mémoire ancestrale et l’indignation politique, Samy Manga nous emmène au pays de son enfance, sous le grand manguier où se tient la vente annuelle du cacao. Au cœur de la nuit retentit son cri de rage devant la violence de l’exploitation des ressources et des humains du Continent Premier.

 

10- Une somme humaine de Makenzy ORCEL (Haïti), éditions Rivages (France).

Résumé : La voix de l’héroïne nous parvient depuis l’outre-tombe. À la fois anonyme et incarnée, c’est la voix d’une seule femme et de toutes les femmes. Elle nous raconte dans des carnets dérobés au temps et à la mort une enfance volée, une adolescence déchirée, une vie et un destin brisés.
Ayant grandi dans un village de province où règnent la rumeur et la médisance, négligée par ses parents, surtout par sa mère qui lui préfère les roses de son jardin, c’est à peine si elle trouve quelque réconfort auprès de sa grand-mère plus aimante. Elle s’échappe à Paris dans l’espoir de mener une vie à l’abri des fantômes du passé. Elle y poursuit des études de lettres à la Sorbonne, rencontre l’amour avec un homme ayant fui la guerre au Mali, fait l’expérience du monde du travail, avant de subir finalement l’épreuve de l’abandon et de sombrer dans l’irréversible errance.
En nous livrant l’autobiographie d’une morte dans une langue fulgurante, Makenzy Orcel nous fait pénétrer, à travers cette Somme humaine, deuxième volet d’une trilogie initiée par L’Ombre animale, dans le ventre poétique du monde.

 

Le Prix des cinq continents de la Francophonie est un prix littéraire créé en 2001 par l’Organisation internationale de la Francophonie. Le ou la lauréat(e) et la mention spéciale sont choisis par le jury international, présidé par Paula Jacques (Égypte-France) et composé entre autres de : Wilfried N’Sondé (Congo-France), Lyonel Trouillot (Haïti), Abdourahman Waberi (Djibouti), Marijose Alie (France-Martinique). Le lauréat reçoit une dotation de 15 000 euros et bénéficie d’une promotion internationale pendant un an.

Le Prix des cinq continents, 2023, a été décerné à Monique Proulx, pour son roman Enlève la nuit, publié aux Éditions du Boréal (Canada-Québec). Pour cette année 2024, le lauréat sera désigné au mois de février. La remise du Prix se fera en mars 2024, en marge de la Journée internationale de la Francophonie.

 

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