Publié en 2008, et réédité en janvier 2017, aux éditions Autrement, ce phénomène littéraire n’est pas qu’un « …grand combat », mais également un projet solide dont le fond oscille entre l’enfance de l’auteur et le portrait d’une société prise aux mailles de la fixité de l’injustice sociale atomisée.

En effet, ce livre offre en lieu et place, sans bémol ni fausse note, sous le label de la mise en évidence de la relation entre les plus importants outils de la réflexion historique que sont la mémoire et l’opposition passé-présent, pour reprendre Jacques Le Goff, une réflexion honnête, sincère et intelligente sur la quête perpétuelle d’existence des minorités noires américaines, leur grand combat contre l’oppression.

En d’autres mots, cette œuvre serait un lieu d’expression qui déclencherait la tenue d’une profonde interrogation sur « …l’inégalité des races humaines » à la Gobineau, et qui reproblématiserait par ricochet la question « De l’égalité des races humaines » à la Anténor : manière de reconfiguration des rapports sociaux et raciaux dans un pays, mieux un monde, où l’homophobie et la xénophobie s’engraissent.

Ce roman est, d’une certaine manière, un récit qui plonge le lectorat dans les  méandres de l’enfance de son auteur, sa trajectoire : une autobiographie très ancrée dans la réalité américaine des années 80, où tout sujet-humain minoré « Black » était moins occupé à vivre et plus occupé à ne pas mourir. Ainsi donc, si Paul Béatty (Moi, contre les Etats-Unis d’Amérique), Walter Dean (Harlem Blues), André Brink (Une saison Blanche et sèche) et, bien entendu, d’autres producteurs de savoir ont dépeint la résultante horrible des réflexions de la déliquescence des rapports sociaux et raciaux dans leurs œuvres, on pourrait reconnaître au travail de Ta-Nihisi d’essayer d’investir le champ de la problématique du corps des minorités noires américaines d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Le grand combat de Ta-Nihisi est un véritable traité d’apprentissage pour les jeunes générations américaines, et partant du monde, afin que celles-ci ne tombent point dans les pièges de la drogue et des gangs. In fine, ce travail romanesque permet de mettre en évidence la fébrilité des systèmes sociaux, des rapports sociaux et de reconfigurer le vide des prénotions ; notamment la marginalisation des minorités et la capacité de tout sujet-humain, quel qu’il soit, à tracer et à re-tracer son historicité : Issue catégorique pour pouvoir formuler une réponse chargée de sens et de cohérence à cette interrogation d’un Lyonel Trouillot en quête de lui-même, « Kannjawou » servant de tremplin : « Quel soi-même on finit par être, au bout de quel parcours ? »

 

Baltazar Atangana Noah (Nkul Beti).
Écrivain, critique littéraire et chroniqueur.

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