« Je ressentis la présence de la mystérieuse créature juste à quelques mètres de moi. Et elle était là, habillée en blanc, sauf la tête qui était couverte d’un voile noire ».

« Crac crac crac »…bruissements de l’ouverture de La porte de minuit. Ils plongent dans les profondeurs des « esprits de la nuit » qui « hant[ent]les vivants ».

En effet, à partir de ce recueil de nouvelles, Tsagué entreprend une immersion au cœur des secrets de la nuit. Les nuits africaines où chantent, crient et dansent les esprits quelquefois thuriféraires des choses qui dérangent. Mieux, une vague de chuchotement dont l’écho laisse entendre qu’on ne devrait rien mystifier ni trop démystifier sans précaution quand chante l’heure des esprits…minuit. C’est donc là une planche initiatique vers la compréhension et l’interprétation de l’intériorité socioculturelle d’une terre ombilicale : manière de travail littéraire dont l’écrit stylisé explore et façonne à la fois la conscience historique, métaphysique et culturelle des Afriques. Et ce, pour mieux se parer contre les défis du monde se mondialisant.

Par où commencer ? La porte de minuit est ouverte. Pot-pourri. L’invisible se jette sur le visible. La mort fond dans la vie. La nuit se lève dans le jour. Les morts dialoguent avec les vivants, ils les touchent même : les mondes sont mêlés. Mo Mo peut donc se permettre de regarder les esprits de la nuit dans les yeux ; Miagning n’a pas peur de flirter avec un cadavre pour un strapontin ministériel ; Ajimo quant à lui se plaît à flâner entre le monde des vivants et des morts. Les paradigmes ne sont pas seulement inversés, ils sont mâtinés.

Les nouvelles sont à fleur de peau entre le mirobolant et le rocambolesque, mais reposent définitivement sur le fantastique. De quoi masturber l’imagination vers la réalité. En chantant le monde invisible, l’interrogation du vide, ce sont les forces du monde métaphysique qui sont posées comme théologie de la nature. Il se crée, dès lors, un dialogue continuel entre les vivants, les morts, la nuit, le jour et tout le tremblement. Naît, par la suite, une rencontre entre les vivants, l’autre et l’ailleurs. L’autre non plus comme alter-ego, l’ailleurs non plus comme espace géographique localisable, mais comme univers que l’on découvre quand s’ouvre La porte de minuit.

Cet opuscule postule un dévoilement aboutissant à une mise en dialogue de l’onirique et du métaphysique avec la réalité, afin de faire corps avec eux. Le fantastique dans lequel s’inscrit cette œuvre devient donc un prétexte, un tremplin pour établir la carte d’identité de l’intérieur de la nuit. Autrement dit, il s’agit de la possibilité de construire un espace littéraire qui, comme quand Mutt-Lon1, mettant en scène les Ewusu-ces êtres dont on ne parle pas-déchiffre les mystères de l’univers secret et complexe de la sorcellerie et des traditions africaines.

La charge émotionnelle de ce recueil composé de quatre nouvelles est partout, camouflée dans chaque récit visiblement anodin. L’art de la nouvelle est, par ailleurs, mis en évidence avec la virtuosité dans les phrases, la pertinence dans la description du détail et la progression des situations.

« Cac cac cac »…en attendant de percer le mystère du « dé de la mort, le dé du destin incontournable réservé à chaque être humain » quand se referme La porte de minuit, force est de reconnaître que voici un labyrinthe littéraire qui conduit le lectorat vers les clés de la compréhension de la nuit, l’irrationnel…l’imaginaire !

Par Baltazar Atangana Noah-Nkul Beti,
Département de français
Université de Yaoundé I
noahatango@yahoo.ca.

1Mutt-Lon (Daniel Nsegbe), Ceux qui sortent dans la nuit, Grasset, 2013

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"La porte de minuit", comme une carte d’identité de l’intérieur de la nuit !
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