« Confessions d’une sardine sans tête » de Guy Alexandre Sounda, publié, aux Editions Sur le fil, en Juin 2016, est un roman sensible, rêche et dense, un type de discours tacheté d’horreur, de remord et d’humilité ancré dans « L’Art de la mémoire » et la notion de la trace, qui présente l’histoire poignante de Fabius Mortimer Bartoza, un « ex-briseur de rosée », « …Une sardine sans tête », un ancien milicien rebelle, qui plonge dans ses propres souvenirs pour ressusciter l’obscurité d’un passé non moins inoubliable et renversant, mais viscéralement détestable et répugnant.

Le nœud de l’affaire, c’est, bien entendu, la quête du passé. Une quête du passé que l’on entreprend pour panser les traumatismes pour survivre malgré les faiblesses et l’adversité. Dès qu’on commence à lire « Confessions… » de Sounda, on se laisse prendre par la rhétorique architecturale et l’agencement des outils-mots, c’est-à-dire la manière originale d’écriture de l’auteur, qui dépeignent, avec une violence lente et crue, le destin presque cocasse d’un homme qui entre dans la vie de l’horreur par souci de vengeance. Plus amplement, c’est un Fabius Mortimer Bartoza, grand saigneur pendant la guerre civile de Gombo-la-capitale, et désormais parisien, qui se confesse auprès d’un écouteur qui recueille, comme Max Lobe s’abreuvant auprès de la voluptueuse Mâ Maliga dans « Confidences » ,son histoire sincère et affligeante.

Le jeu de mémoire, le moyen d’atteindre l’intelligibilité à travers la sensibilité, pour parler comme Jean-Michel Maulpoix, et le mécanisme des souvenirs et des traces qui ordonnent le passé, au sens non seulement du poète grec Simonide de Céos, mais egalement de Patrick Chamoiseau dont l’usage de la notion de la trace dans ses productions littéraires se poserait comme la passerelle qui faciliterait la transition du « topos à une reflexion metalittéraire » , qui transparaissent à mesure que l’on évolue dans la lecture de ce roman, laissent lire l’ossature de l’esprit de Fabius Mortimer Bartoza, au travers des différents épisodes de son itinéraire fragmenté, éparse mais jamais dispersé. En effet, l’ancien milicien rebelle navigue entre la crise identitaire et le dédoublement de personnalité qu’attisent les « vents d’ailleurs », et qu’entretiennent les images odieuses des « Vues d’ici ».

 

Les personnages de ce long récit sont, par ailleurs, des « archétypes », des « types »,des miroirs dont les reflets mettent en relief des attitudes et des caractères humains bien précis. Des pièces de puzzle qui s’entremêlent les unes à côté des autres, qui survivent les unes dans le présent des autres, et les autres dans le passé des unes.

Sounda a écrit un roman brave et grave autour d’un personnage trouble, étrange et double. Un livre bien cousu, une histoire bien tissée sans restriction et lapidaire. Une œuvre qui donnerait un autre ton à la littérature dans le domaine francophone. Autrement dit, un phénomène littéraire qui proposerait la mise en dialogue de l’imaginaire et de la mémoire, tout en posant la notion de la trace, entendue comme des indices biographiques essentiels pour la restitution du passé, comme un vaste champ en friche à explorer susceptible de favoriser l’émergence des savoirs sur la re-naissance et la con-naissance des identités non-connues.

En somme, ce récit forcerait la tenue d’une longue méditation non seulement sur le passé et le présent, mais aussi sur l’ici et l’ailleurs dans un monde où les populations sont en crise de repères, et de plus en plus en mouvement : A la quête d’elles-mêmes à partir d’autres horizons !

Baltazar Atangana Noah (Nkul Beti)
Écrivain, critique littéraire et chroniqueur.

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