Après «39 rue de Berne» publié en 2013 aux Éditions Zoé (Prix du Roman des Romands en Suisse et prix de la fondation Minkof), dans lequel il côtoie des personnages glauques de la nuit dans un quartier chaud de Genève, l’auteur camerounais Max Lobe publie en 2014 un 2ème roman «La trinité bantou», toujours aux Éditions Zoé (Prix de l’académie romande), où le héros Mwána, un immigré du Bantouland, se bat avec les aléas de sa nouvelle vie en pays helvétique. Cette fois-ci, Max Lobe nous revient avec «Confidences», son dernier roman publié en février 2016 aux Éditions Zoé.

Retour au pays

Après une conférence en Suisse à propos du livre «Kamerun!Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971)» (Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Éditions La Découverte, 6 janvier 2011), Max Lobe est bouleversé et fait le terrible constat de son ignorance de l’histoire de son pays d’origine le Cameroun. Il s’interroge. Est-il un vrai africain? Qu’est-ce qu’être africain? Il décide alors de retourner dans son pays le Cameroun pour en savoir un peu plus sur cette histoire qui se raconte très peu, l’histoire des guerres d’indépendance du Cameroun sous la colonisation française. Il décide d’aller sur les traces de l’une des figures marquantes de cette période, Ruben Um Nyobè.

Au hasard de ses rencontres, il fait la connaissance de l’héroïne principale de son roman, Mâ Maliga, dont l’aura et le témoignage le fascinent. Il décide d’en faire un roman.

Plus je passe des années en Occident, plus je me sens Africain.

Je le dis à papa Makon. Il me regarde étrangement. De la surprise dans son regard.

«C’est quoi être Africain, mon fils?» il me demande.

Ai-je une réponse à sa question?

Je lui souris et il me prend par l’épaule.

Plus jeune, je ne m’en rendais pas compte.

Entre passé et présent

Mâ Maliga, femme dans la soixantaine au caractère littéralement bien trempé (au vin de palme), vit seule et raconte à Max, en quête de son histoire, ses souvenirs de l’époque de la lutte anticolonialiste. Le lecteur est ainsi transporté vers le milieu des années 50 en pleine forêt de Song-Mpeck, petit village en pays Bassa au Cameroun. Il devient lui aussi, grâce au récit douloureux, poignant mais bien pimenté et tellement subtil de Mâ Maliga, témoin de la vie quotidienne des gens de cette époque. «Motivée» au doux vin de palme, elle raconte sa part d’histoire autour du Mpodol, l’homme qui parle pour les autres, Ruben Um Nyobè.

Max Lobe écoute les chuchotements de Mâ Maliga avec une sorte de respect, comme étrangement contaminé par la peur et la difficulté encore présentes de nos jours, qu’ont les derniers témoins vivants de cette période de raconter les « événements » comme ils l’appellent. Il capture en parallèle le témoignage des images de la société camerounaise telle qu’elle est aujourd’hui, comme pour s’interroger sur ce qu’est devenu l’héritage de ces batailles menées pour la liberté au prix du sang versé par des milliers de personnes.

Ah mon fils, si je pouvais ouvrir ma tête-ci et enlever tous ces événements de là-dedans, j’oublierais tout et tout comme ça, comme notre Papa président nous le demande. Mais comme ce n’est pas possible, ce sera difficile de respecter ce qu’il dit, lui.

«Confidences», c’est un va-et-vient entre deux époques du Cameroun au travers d’une rencontre entre Mâ Maliga, vielle dame témoin de l’histoire, et Max Lobe, jeune camerounais immigré en Suisse, contemporain et à la recherche de son identité. D’un côté, Mâ Maliga, dans son style particulier résultant d’un savoureux mélange de langue Bassa’a, de français, d’anglais et d’allemand, et de l’autre, l’auteur qui nous dépeint les contradictions éclectiques du Cameroun d’aujourd’hui dans un humour savamment dosé à la camerounaise.

Un bar, Le Quartier Latin à droite et une église, Mission des Soldats de Dieu à gauche, font un tapage de carnaval.

Comment font les autres pour trouver le sommeil?

La chaleur est de plomb. Je sors m’en griller une.

Les haut-parleurs de la Mission des Soldats de Dieu: «Jésus revient bientôt! Repentez-vous! Donnez votre vie au Seigneur!»

Le bar Le Quartier Latin: «Ce qui est fendu n’est pas défendu à ce qui est tendu de pénétrer.»

Devoir de mémoire

«Confidences» est un roman de 286 pages qui se lisent d’un trait et interpellent le lecteur sur le devoir de mémoire personnel et individuel, sur la responsabilité de tout un chacun de rentrer en possession de l’histoire, telle que les gens simples l’ont réellement vécue. Ce roman nous montre qu’à la différence de bien des livres officiels d’histoire, l’histoire se raconte et s’écrit non pas par les vainqueurs, mais d’abord par et grâce au quotidien  des contemporains de cette époque, témoins dans leur chair de la réalité historique.

Par Acèle Nadale

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