Paris : Doxa, 2016, ISBN : 9782376380085, 92 P., 10 €  – 6500 F CFA

Le recueil de Nkul Beti est composé de 33 poèmes. Ce qui suggère qu’il s’offre comme un arrêt sur image sur « trente-trois lunes de misères » d’un dictateur Africain. « Biya, 4 Novembre 82./ Seule personne/ A qui l’on chante/ L’Essani de son vivant ! » L’essani, mélopée funéraire, destinée aux notables qui viennent de mourir. Mais il ne s’agit là que d’un prétexte pour mieux s’ouvrir aux mondes. Pour sortir du confinement idéologique : à « Chaque I do so swear de cet apprenti sorcier,/ Me pousse hors des frontières du siège de la gouvernance par étranglement, mon pays,/ Et me rapproche du tout-monde ! » Pour rentrer dans la relation.

L’auteur donne subtilement à savourer une poétique de son devenir-sujet, en même qu’un appel au devenir-sujet de tous, tel que illustré par le poème « La Samuela! » Elle est « Prisonnière de la manipulation sans parole ». Nkul lui suggère, manière de libération : « Si tu sens que cette croix te blessera la colonne vertébrale,/ Laisse-la tomber, tu n’es pas le Christ pour sauver l’univers./ Parle, dénonce, accuse./ Ne te laisse pas museler : crie Samuela ! »  L’action de l’auteur est éminemment politique. C’est-à-dire qu’il est intéressé à vouloir se sortir et à sortir les autres de tous les diktats.

Un espace différentiel ainsi créé par le poète. Entre lui, et l’autre. L’Afrique, et les autres. Dans le respect. Dans le partage. Dans la « différAnce… qui ouvre l’apparaître et la signification » (Derrida). Cet espace de la relation est doté d’une puissance tournée vers un futur ouvert, et saturé de possibilités créatrices culturelles. Elles sont omnivores, et stratégiques. Elles se nourrissent à partir d’un point centrifuge : « Ongola ».  C’est le texte qui établit le point rhizomatique de tout le recueil. Ongola, qui comme de nombreuses cités africaines, est « Prisonnière de l’homme lion ». « Son sauveur est en route, Nkul ! »

Nkul. C’est le tam-tam. C’est la voix qui en se déroulant, ne vouvouzèle pas. Avec les loups Beti ne crie pas. Nkul Beti, s’écrie, aux loups !  Il se déploie dans sa sonorité. Pour s’ouvrir. A l’Afrique. Aux Caraïbes. A l’Europe. Aux Amériques. Au monde.

Nkul. C’est sa plume. Elle n’a de sens et de puissance que par son désir constant de dénoncer, certains pans malades de cette Afrique. Afin que s’ouvre : « Le début d’un nouveau livre ! » Sa nouvelle chose Afrique. Le recueil permet ainsi d’irradier, à partir des histoires de l’Afrique comme point de départ, le tout-monde : La plume Nkul Betienne annonce son entrée dans la mondialité glissantienne. Avec style !

Le style Nkul Betien s’ouvre en un « Je » dialogal. Ici, en s’adressant à ses anciens pairs les « soutaneux », il dit sans ambages : «  Je suis le balayeur du monde!/… Qui blâme sans manière, sans façon mais avec bigrement de style !/ Si je réprimande Dieu votre roi,/ Vous réprimer est un énorme hochet d’enfant. » Là, dans « Hostie » il assène péremptoire : « J’étais chrétien… » C’est-à-dire Catholique Romain. Il enterre son passé d’ancien séminariste. Le poète entérine son refus d’être consacré à la prêtrise catholique. Il y était pourtant voué. On a versé une larme ! Hypocrites ! Entre deux souffles. Il clame : « J’écris en majuscule sur le temps !… » et parfois à contre-temps des canons. Sa plume fougueuse déplace les problématiques multiples des sociétés vers des modes plurielles de luttes. Sous divers fronts. Telle une mangrove, elle sature les espaces géographiques.

Nkul Beti dans ce chez-d’œuvre dès son ouverture n’a pas caché son ambition de faire champ. Avec l’autre. Les autres. Les penseurs dont ils se réclament. Confiant, Philombe, Chamoiseau, Mongo Beti, Dadié, Damas, Chinua Achebe, Césaire… Vous ! Moi ! Nous ! Avec doigté, il a su se réapproprier la poétique de la relation de Glissant. Il est devenu citoyen-monde. Un homme de tout, surtout. Une fine plume, certainement. Pour la littérature francophone.

Charles Gueboguo

Comparatiste

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