Les écrivains sont intemporels, Serge Tchaha est immortel. Il nous a transmis sa part de savoir, a consigné son quota d’idées dans son œuvre littéraire. La pensée critique et l’esprit alerte, c’est pourtant dans une perpétuelle remise en question qu’il aura trouvé la plus simple expression de son humilité.

Avec sa disparition ce 26 octobre 2015 à 31 ans, c’est l’un des pionniers de la jeune mouvance libérale panafricaine qui s’en va.

Né au Cameroun en 1984, il poursuivra des études supérieures en administration des affaires, entrepreneuriat, gestion des entreprises, et marketing au Canada, tout en s’impliquant dans plusieurs associations communautaires et causes humanitaires. Rentré « au pays » pour servir la mère patrie sur le terrain, c’est un modèle accompli pour ses ainés, cadets, pour des générations, au-delà de son seul pays, qui tire sa révérence.

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années », dit-on. Une valeur incontestée, qui a transcendé tous les clivages et imposé le respect, à tous les âges.

A l’heure où il sera inhumé, ces quelques lignes paraîtront. Afrolivresque a tenu à marquer cette rupture du cordon ombilical, ce sevrage brutal, à l’encre indélébile.

Cette part de Serge Tchaha qui nous reste, nous la voyons, nous la palpons, nous la lisons, et nous la vivons. Ces caractéristiques que nous avons pu déceler de son œuvre, sont probablement celles que l’on retiendra de lui y compris dans la sphère privée, signe s’il était encore besoin de le prouver, d’un homme qui n’aura jamais porté de masque.

VISIONNAIRE. En 2010, paraît « Nous faisons le rêve que l’Afrique de 2060 sera… », sous la direction de Serge Tchaha avec 13 contributeurs dont MM. Eugène Nyambal, Jean-Louis Roy et Casimir Oyé Mba. SEM Abdou Diouf signera la préface de cette projection sur les défis que suscitent les aspirations de la jeunesse africaine, des objectifs impératifs pour un avenir meilleur en perspective sous un demi-siècle. Une projection ambitieuse mais réaliste, un travail d’orfèvre, pointilleux, plein d’espoir mais sans complaisance, dont les différentes contributions s’emboîtent dans une harmonie savamment rythmée par la baguette de son chef d’orchestre.

Nous faisons le rêve que l'Afrique_Serge Tchaha

PANAFRICANISTE. Proche de ses racines, c’est avec « La Francophonie numérique : horizons et possibles vus d’Afrique », paru en 2012, que Serge Tchaha a analysé les enjeux du développement économique de l’Afrique francophone face aux défis de la globalisation. Pour lui, les nombreux atouts du continent, modifieront en profondeur les conditions et les secteurs de développement de l’Afrique dans un avenir proche. On y découvre un auteur proche de ses racines, proche de ses origines, militant pour la culture, l’histoire de son continent et la protection de ses ressources.

La francophonie économique_Serge Tchaha

LEADER. Co-Auteur du « LION’S SPIRIT : Et si les Lions Indomptables nous avaient révélé le genre de peuple que nous sommes ? Devenons profondément nous-mêmes », paru en 2014, Serge Tchaha y dresse une allégorie de tous les possibles par la volonté et l’aspiration à l’excellence d’un Cameroun qui s’assumerait dans sa quintessence pour les générations futures.

Le lion's spirit_Serge Tchaha

A ces trois traits de caractères mis en exergue dans chacun de ses ouvrages, la signature que Serge Tchaha a bien voulu apposer de sa plume généreuse, est celle d’un brillant défenseur de ses idées. Solidement armé de ses mots et de son éloquence, il a eu le temps, de déposer entre nos mains, ces trésors, dont nous sommes collectivement tenus pour héritiers et liés par le contenu, par respect pour le génie et l’accomplissement irréversible qui nous laissent face à notre responsabilité.

« Mieux aimer, mieux s’aimer et mieux faire notre part dans le monde au service de l’humanité. Je suis convaincu qu’on y arrivera ! »

Quel destin atypique ! S’interrogeant sans cesse sur l’identité, la société idéale, la mémoire, l’univers, ses écrits semés à tous vents (pour emprunter à la Semeuse du Petit Larousse), et épars aux quatre coins du monde, en font des graines précieuses pour les récoltes du futur. « Les paroles s’envolent mais les écrits restent ». Ils restent pour que l’on prenne date, pour tenir lieu de preuves, de feuille de route, pour nous rappeler ce qu’il reste à faire, et pour attester qu’un éminent savant est passé par là.

Aussi, tout en disant cette coupure irrémédiable entre celui qui est parti et ceux qui restent, nous réalisons que Serge Tchaha a choisi d’écrire, alors il a choisi de rester, de RE-ST, de se re-présenter au sens littéral, se rendre présent en fin de compte à nouveau par le biais de sa prose, pour ceux qui l’aimaient, et pour la Po-ST-érité.

Cet héritage, nous l’acceptons comme un cadeau, une répétition de soi. Entre nécrologie et biographie,  nous rendons hommage à cet écrivain et chroniqueur, cette muse dont le génie est amené à inspirer plusieurs générations d’Africains.

MENTOR. En effet, avec le recul, il ne fait aucun doute que Serge Tchaha pour son œuvre, fut plus qu’un écrivain, mais un grand écrivain. Ses livres, tous parus en l’espace de quatre ans, révèlent de lui une écriture rare, de celles qui transforment, qui interpellent, qui modifient la perception de ceux qui le lisent, et qui inspirent au point d’influencer, en mentor, des spécialistes confirmés.

MÉTAPHYSICIEN. Il l’a aussi été, à travers certaines publications brèves, certaines interventions nourries aussi, ça et là sur la toile. Serge Tchaha, féru de cette science inintelligible, voulait probablement assurer la satisfaction future, rationnelle et matérialiste, de ses aspirations. Ubiquité, éternité, immortalité, compréhension des mécanismes de l’univers et du psychisme. Sans jamais tomber dans le travers des propositions dogmatiques, il mettait régulièrement et savamment en scène des théories et des techniques à venir, et leurs effets. Parlant de la physique d’après, ou celle d’avant dépendamment d’où l’on se place, Serge Tchaha faisait la part belle à la spiritualité. Sans doute avait-il, la grâce d’une étoile filante, connectée au firmament. Le talent peut se comprendre, et le métier se constate. La difficulté avec le génie, arrive lorsqu’il faut lui trouver des origines. Serge Tchaha avait les trois.

L’Afrique a perdu, et la littérature a perdu. Mais le Lion’s Spirit devra survivre, et nous révéler à chacun, la meilleure version de nous-mêmes. C’est l’espoir qui y gagne, c’est l’Afrique et le Monde qui l’emportent.

Pensant d’abord à l’autre, appelant de ses vœux une Afrique qui remplit sa mission par rapport à l’Humanité, qui retrouve son génie, Serge Didier Tchaha Nana nous aura finalement encore enseigné par la force des choses, et même post mortem, comment dire la mort, en écrivant la vie.

Acèle Nadale et Erika Djadjo, Afrolivresque

Les œuvres de Serge Tchaha sont disponibles aux éditions L’Harmattan.

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