Comme depuis bientôt 17 ans, une pléthore d’écrivains venus des quatre coins du monde se sont donnés rendez-vous au cœur de Berlin, capitale de l’Allemagne, pour célébrer la poésie. Depuis vendredi dernier, se sont succédés sur scène et en tables rondes, des poètes de renom pour déclamer leurs textes et échanger autour du thème central de cette année : «Kein schöner Land» (Pas de territoire plus beau).

Le continent africain a brillé par la présence de plusieurs de ses poètes. On peut citer entre autres : Titilope Sonuga (Nigeria), Niyi Osundare (Nigeria), Souleymane Diamanka (Senegal/ France), Fiston Mwanza Mujila (RDC), Effe Paul Azino (Nigeria), Omo Faith (Nigeria).

Vendredi 3 Juin 2016 : Souleymane Diamanka fait vibrer le public

Souleymane Diamanka

Souleymane Diamanka

Le festival s’est ouvert par une cérémonie au cours de laquelle ont presté les poètes Hinemoana Baker (Nouvelle-Zélande), Ana Blandiana (Roumanie), Caroline Bergvall (France/Norvège), Gerhard Falkner (Allemagne), Charles Simic (Serbie/USA), Luis Felipe Fabre (Mexique), Rasha Omran (Syrie/Egypte), Uljana Wolf (Allemagne) et Souleymane Diamanka (Sénégal/ France).  Avec sa légendaire voix grave, le slameur Peul a tour à tour dit ses poèmes Le vœux exaucé de Dieneba, Moment d’humanité, Répond lui avec de l’eau, Muse amoureuse. Ce fut un moment d’immense émotion, comme à chaque prestation de Souleymane Diamanka.

Samedi 4 Juin 2016: Moment d’enchantement avec Titilope

17h00

La poétesse et journaliste zimbabwéenne Linda Gabriel a animé une discussion entre les poètes nigérians Titilope Sonuga et Niyi Osundaré sur le thème : « La poésie du pétrole » (Die Poésie des Erdöls).

« La poésie est partout […] La manière dont on agence les couleurs, le lever du soleil… c’est de la poésie » a répondu Niyi Osundare, lorsque Linda Gabriel lui demanda ce qui l’a amené à la poésie. Celui qui a déjà plus de 20 livres à son actif poursuit en disant :

« Le poème n’est pas juste quelque chose que vous mettez dans un livre. Le but d’un poème c’est d’être partagé. »

 

Steve Mekoudja et Niyi Osundare

Niyi Osundare (gauche) et Steve Leo Mekoudja (droite) – Crédit Afrolivresque

Ce qui était frappant chez les deux auteurs nigérians, c’était leur discours décomplexé et sans détours, la fierté affichée d’être tels qu’ils sont, africains et nigérians. Comme à son habitude, le poète et dramaturge Niyi Osundaré a tenu des propos très engagés, notamment sur la situation qui prévaut au Congo RDC :

« Le Katanga est l’un des endroits les plus riches au monde grâce aux ressources qu’il recèle, et pour cette raison, le Congo n’aura jamais la paix. […] Toutes ces entreprises qui se font de l’argent avec notre pétrole dégradent notre milieu de vie. Apportons un peu de justice à notre manière d’agir

18h30 

Souleymane Diamanka s’entretient avec Odile Kennel sur sa vie, ses inspirations et ses ambitions. Fidèle à lui-même, celui qui a collaboré en 2007 avec Grand Corps Malade raconte son enfance au Sénégal, son arrivée en France, ses débuts en tant que rappeur et plus tard poète.

« Je suis juste un pauvre artiste au service de la beauté. Je l’utilise pour écrire la réalité comme un trampoline. »

(Ich bin nur ein armer Künstler im Dienste der Schönheit. Ich benutze zum Schreiben die Wirklichkeit wie ein Trampolin.) dit-il. Le public a été frappé par la simplicité de l’artiste et son éloquence.

« Le talent n’existe pas, le don inné n’existe pas. C’est l’amour et le temps. Si je me donne dix ans pour apprendre à jouer du piano et que je travaille avec amour, je réussirai. […] On est tous des artistes, sauf que certains décident d’en faire un métier. […] Les plus grands poètes que je connaisse, ce sont mes parents car pour élever des enfants, il faut de la poésie. »

Il a également déclamé son magnifique texte  Réponds lui avec de l’eau.

20h00

Titilope

Titilope

Quatre auteurs nigérians font voyager le public berlinois au Nigéria : Niyi Osundaré, Titilope Sonuga, Effe Paul Azino et Omo Faith déclament sur scène leurs poèmes. C’était une réelle démonstration de talent et de professionnalisme, avec une mention spéciale pour la sublime Titilope qui a touché le public aux larmes avec son poème Icarus.

Dimanche 05 Juin: Fiston Mwanza Mujila ou quand les mots se font musique

 

Fiston Mwanza Mujila

Fiston Mwanza Mujila – Crédit afrolivresque

C’était la journée du colloque sur l’exil.  Comment écrire lorsqu’on est en exil ?  Quel est le rapport d’un écrivain avec les langues de son pays d’accueil ? Comment la langue du pays d’accueil d’un écrivain peut-elle nourrir son imaginaire ?… Plusieurs auteurs ont apporté des réponses à ces questions.

Quand Fiston Mwanza Mujila (auteur du roman Tram 83 (Métailié 2014) salué par la critique internationale et très récemment primé par le prestigieux Prix Etisalat 2015) parle, sa voix est douce, presque fluette. Et quand il déclame ses poèmes, les murs vibrent, le sol tremble. Il n’a pas besoin de micro, le public est tétanisé, littéralement! Une prestation puissante de ses textes Monologue d’un damné, Solitude 2 et Solitude 64, riche en émotion, en musicalité et même en humour.

Le 17ème Festival de Poésie de Berlin se poursuit. Il fermera ses portes le 11 juin prochain.

Par Steve Mekoudja

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