C’est avec son premier roman à succès Confessions d’une sardine sans tête (2016, Sur le fil – Prix Ethiophile 2017, mention spéciale du jury du Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire 2016
Sélection officielle Prix Cène littéraire, Senghor et Mahogany) que nous avons fait la connaissance de Guy Alexandre Sounda, auteur et metteur en scène congolais. Il nous revient avec un ambitieux projet d’ateliers et stages d’écriture, auquel Afrolivresque à l’honneur de participer en tant que partenaire média. Il nous explique sa démarche et le contenu de son offre originale dans cet entretien.

Après la scène, la radio et le livre, vous rajoutez une autre corde à votre arc artistique, la création de stages et ateliers d’écriture créative. Quelles ont été vos motivations pour tenter cette nouvelle aventure ?

Je me suis toujours défini comme un défricheur de territoires, un flâneur insatiable, un curieux impénitent. Cela découle sans doute de ma soif de découverte et d’apprentissage ? La rencontre et l’échange sont au centre de ma démarche d’artiste. Partant de là, j’ai voulu interroger, à travers ces ateliers d’écriture, les convergences de l’art d’écrire avec les arts visuels. Venant du théâtre, un domaine où le visuel et l’oral tiennent une place importante, il m’a semblé tout à fait pertinent d’ouvrir cette réflexion et de mettre en œuvre des parcours performatifs inspirés de mes expériences et mes questionnements. La question est « comment partir de mon expérience de comédien et ma pratique d’écrivain pour créer un espace où l’écrit et le visuel s’entrecroisent et s’interrogent ? » Ce qui m’a motivé davantage, c’est d’explorer la co-activité entre ces deux formes, de découvrir les types de narration à mettre en mouvement selon qu’on est écrivain ou plasticien, pour ne citer que ces deux cas.

Qu’est-ce que l’écriture créative et en quoi se différencie-t-elle de l’écriture classique ?

L’écriture créative, comme on peut l’imaginer, mobilise nos capacités de création, déplace les objets et les formes d’écriture ordinaire, à travers des jeux langage et des formes nouvelles de narration. Il est question à la fois d’esthétique et de poétique, une double dimension que l’écriture classique ou d’invention ne prend pas en compte. Le plaisir d’écrire auquel s’ajoutent le débridement de l’imagination, l’investissement de soi et le façonnage de son propre style, la découverte de grands auteurs. Que dire de plus ? C’est une écriture de l’émotion où le mot devient un corps et une voix qui résonne au loin, une écriture qui met en exergue les directions que prend le langage du quotidien et les dimensions littéraires et plastiques que revêt l’acte d’écrire dans n’importe quelle langue.

Je me suis toujours défini comme un défricheur de territoires, un flâneur insatiable, un curieux impénitent. Guy Alexandre Sounda Cliquez pour tweeter

Les arts visuels occupent une place importante dans les stages et ateliers d’écriture que vous dirigez. Pourquoi et comment les intégrez-vous dans l’accompagnement des participants ?

En effet, j’ai voulu intégrer les arts visuels, comme je l’ai dit plus haut, dans ces ateliers d’écriture pour explorer les convergences et les croisements entre l’écrit et le visuel, inciter les écrivants à exploiter les possibilités de narration qu’amènent les croisements. La démarche a pour objectif de donner à découvrir diversement les œuvres mises en situation et développer une approche interdisciplinaire de l’écriture littéraire, à travers deux démarches complémentaires qui mettent en relief les sensibilités individuelles et les rapports de chacun à l’écriture. L’une consiste à nourrir les différentes étapes de la construction d’une fiction, du déploiement d’une intrigue et l’autre à explorer des formes et des contextes d’écriture par des parcours formatifs qui incluent des jeux sur l’image et sur la textualité. Dans ces ateliers d’écriture, les arts visuels servent d’embrayeur littéraire et de matière conduisant d’une part à l’exploration du moi profond, où se mêlent des champs sémantiques abstraits et concrets, et d’autre part au déploiement du langage des émotions et de sa traduction corporelle et verbale.

Quels sont les éléments d’arts visuels que vous avez utilisés dans votre dernier roman à succès, Confessions d’une sardine sans tête, (2016, Sur le fil) ?

Tout est visuel dans ce roman. Du premier dernier au chapitre. J’invite vos lecteurs à découvrir les univers que je convoque à travers les remémorations de Fabius Mortimer Bartoza. Le personnage principal que l’on voit d’abord au tout début dans un jardin, assis sur un banc solitaire et tenant une poupée russe dans une main et une valise de bois dans l’autre, ensuite à la fin, juché sur la statue d’Henri IV. Tout est visuel dans le ton et le propos, puisque ici les mots n’ont pour but que de donner à voir et à ouïr les mondes intérieurs qui beuglent dans la tête du personnage, les voix qui brament à ses oreilles, les ombres qui défilent sous ses yeux. Cette histoire aurait été touffue et sans doute verbeuse sans cette dimension du visuel dans la narration.

Quels profils d’écrivains peuvent avoir accès à vos formations et qu’est-ce qu’ils emportent avec eux en y ressortant ?

Ces ateliers d’écriture sont ouverts à tous les profils, ouverts à toute personne désirant approfondir ou amorcer un travail d’écriture. Ils ont pour objectifs d’exhorter les écrivants à aborder les arts visuels comme des pistes de création de contenus et de fictions, à renouveler leurs rapports à la langue à travers les structures extérieures et intérieures des images mises en situation. Ils portent sur les possibilités de narration qu’offrent les croisements de l’écrit et du visuel, la diversité discursive qui en découle, la construction du style polymorphe, le dialogue inventif entre l’image littéraire et l’image visuelle. Il est question d’approfondir, en dehors des clichés itératifs auxquels notre langage du quotidien recourt souvent, des marques de poéticité et de densité de la langue intérieure et de sa cohérence avec les flux de la société, autrement dit : écrire ici et maintenant en croisant sa narration avec celle des arts visuels.

Où se déroulent vos ateliers d’écriture?

Nous commençons cette année par un cycle de 4 stages à Marseille, ouverts à tous, en collaboration avec l’association L’arca delle lingue et les éditions Héliotropismes, du 6 juillet au 28 septembre. Un stage par semaine, du vendredi au dimanche. Nous avons associé à ce projet un photographe marseillais, Nicolas Guyot. Ses peintures photographiques serviront à la fois de matières visuelles et de propositions d’écriture autour desquelles les participants construiront leurs univers narratifs. Les textes issus des ateliers d’écriture déboucheront sur une publication dans un recueil collectif aux éditions Héliotropismes. Un beau projet en perspective !

Propos recueillis Acèle Nadale

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