Réfléchir sur comment atteindre 1 million de lecteurs à court terme au Cameroun, tel est l’obectif que s’est fixé Félix Mbetbo, jeune auteur et blogueur camerounais, dans le cadre de la journée “Rencontre Nationale Des Jeunes Auteurs” qu’il organise ce samedi 12 août dans la ville de Douala. Le thème choisi pour cette grande manifestation en l’honneur du livre camerounais est “En marche pour 1 millions de lecteurs”.

 

Comment est née en vous l’idée de rassembler écrivains et acteurs du livre au Cameroun autour d’un événement tel que la “Rencontre Nationale Des Jeunes Auteurs” ?

L’idée est aussi vieille que l’association qui la porte. Créée en 2011, l’ACDIS (Association pour la conservation et la Diffusion du Savoir) s’est choisie pour leitmotiv la promotion du livre et de la lecture en milieu jeune. Après avoir réalisé que l’avenir de notre société sera fortement dépendant d’une certaine éclosion de la pensée. Depuis lors nous avons mené pas mal de projets dans ce sens. Les plus récents sont l’organisation d’une tournée philosophique avec le prof Njoh Mouelle dans la région de l’Ouest Cameroun en 2014. Et l’organisation de la “Rencontre Nationale des Jeunes Leaders” en 2015. La “Rencontre Nationale des Jeunes Auteurs” est donc une suite logique de nos ambitions de départ.

Quels sont les objectifs à moyens termes d’une telle rencontre ?

L’objectif déjà à court terme est celui de donner une plateforme d’expression aux jeunes auteurs, leur donner l’opportunité de se connaitre, leur donner l’occasion d’échanger sur des thématiques liées à leur place dans le devenir social de notre pays. Au sortir de là, les jeunes auteurs pourront former désormais une communauté solide constituée d’un corps et d’une voix. A moyen terme nous espérons appliquer les premières résolutions issues de la rencontre du 12 août afin de marcher vers le million de lecteurs que nous ciblons de toutes nos forces.

Rencontre des jeunes auteurs - Félix Mbetbo - Cameroun

Le thème choisi pour cette première édition est “En marche pour 1 millions de lecteurs”. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Nous avons été intrigués de voir l’engouement virtuel des camerounais autour du mouvement spontané lancé pour recruter des millions d’électeurs avec tous les moyens qui vont avec. Nous avons pensé à notre niveau que le Cameroun a beaucoup plus besoin « de lecteurs » que « d’électeurs ». Ça ne sert pas à grand-chose d’avoir des millions d’électeurs qui ne sont en réalité que des « analphabètes politiques » pour parler comme Bertolt Brecht. On a besoin d’une véritable masse critique. Or ce n’est que par le livre que l’esprit critique se forme et se développe. Comme j’ai eu à le dire, « donnez moi 1 million de lecteurs et je vais soulever le Cameroun ». Dans le sens d’Archimède qui avait voulu un point d’appui pour soulever le monde.   Cette rencontre du 12 août est la première pierre que nous allons poser pour ce vaste chantier.

On remarque une grande absence de la littérature anglophone camerounais dans le programme de cette journée. Est-ce un choix délibéré ?

Personne ne peut avouer qu’une telle situation soit tributaire d’un choix délibéré. Nous avons été limités par le temps et les moyens et nous n’avons pas pu aller au-delà de la sphère du connu. Je ne vais pas aller jusqu’à dire que la littérature de langue anglaise au Cameroun est rare à trouver. Je pense juste que nous ne l’exposons pas assez.

La littérature africaine connaît une grande popularité actuellement au niveau international, notamment celle d’expression anglaise. Ces succès restent encore très limités aux auteurs édités hors d’Afrique. Quel votre sentiment par rapport à cela?

C’est le même constat que nous pouvons faire dans les autres domaines : le sport, la musique, le cinéma, les arts plastiques…l’extérieur accueille et valorise toujours mieux nos talents que nous-mêmes. Au Cameroun même le plus beau livre peine à s’écouler à plus de 1000 exemplaires. Or on apprend qu’une jeune écrivaine camerounaise touche 1 million de dollars américain pour son tout premier roman. On va plaindre peut-être nos éditeurs locaux ! Mais est ce que le système en place permet seulement qu’on en arrive la ? Au Cameroun nous n’avons que des auteurs à temps perdus et nous manquons d’écrivains qui vivent de leurs écrits et qui ne vivent que pour ça. Ailleurs quand un auteur est édité dans les bonnes maisons, il bénéficie de nombreuses opportunités qui font de sa vie une vie d’écrivain. Chez-nous on s’endette pour publier un livre et on meurt de faim au milieu de nombreux manuscrits.

Programme Rencontre des jeunes auteurs Cameroun 12 août 2017 - Félix Mbetbo

Vous êtes aussi un blogueur assez connu au Cameroun. Comment voyez-vous l’avenir du blogging littéraire dans ce pays et en Afrique en général?

Déjà il faut penser le présent même du blogging, avant de penser à un avenir du blogging spécialisé en littérature. Au Cameroun ils sont nombreux à ouvrir des blogs et peu sont ceux qui en font une véritable occupation pour ne pas aller jusqu’à dire un métier. Les blogs qui fonctionnent le plus parlent de cultures urbaines, la littérature est toujours la 5e roue du carrosse. Or dans un pays qui manque amèrement de critiques littéraires pourtant on en forme tous les jours dans les facultés, on aimerait avoir de plus en plus des amoureux du livre qui sacrifient quelques heures pour offrir régulièrement aux internautes du jus livresque.  Il faut susciter des passionnés de la lecture et de l’écriture sur tout le territoire pour œuvrer dans ce sens. Surtout dans un pays où on ne s’intéresse quasiment pas à la littérature dans les médias.

Initier de tels projets nécessite des coûts non négligeables et la question du financement se pose inévitablement. Quels ont été vos stratégies de financement pour cette première édition ?

Depuis 6 années que l’ACDIS existe, elle n’a presque jamais reçu de financement à la hauteur de ses réalisations. Nous avons décidé de compter sur notre seule volonté pour atteindre nos objectifs. Nous avons une stratégie alternative de financement qui nous dispense de dépendre des grands annonceurs ou bailleurs de fonds. Nous avons eu à réaliser des projets aussi grands que cette rencontre du 12 août. Et nous ne comptons pas nous arrêter là. Le jour où les grands financements viendront tout le monde le saura. Les choses vont plus que changer.

Comment pourrait-on motiver les africains à investir dans des projets culturels et intellectuels afin de reprendre le pouvoir sur les concepts qu’ils souhaiteraient inventer, appliquer en fonction de leurs réalités locales, et pourquoi pas les proposer à toute la communauté humaine ?

Nous n’avons pas de choix, il faut nécessairement que les personnes qui ont des grands moyens soutiennent celles qui ont de grandes idées. C’est le système du mécénat, ça a toujours existé dans le temps. Ceux qui ont le pouvoir politique doivent favoriser les intellectuels à circuler dans le monde et à s’inscrire dans les plus grands cercles de pensée. Un pays ne peut pas seulement espérer rayonner à travers ses sportifs et ses musiciens. Un pays qui veut se positionner comme respectable doit aussi avoir des intellectuels qui font parler de lui dans les lieux où les idées dominantes se pensent. Or pour y arriver il faut se donner les moyens. Sauf qu’à l’heure actuelle, nos hommes d’affaires et hommes politiques pensent à tout développer et à tout conserver, sauf le savoir.

Propos recueillis par Acèle Nadale

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