On le lit partout, l’Afrique est entrain de se réveiller. Elle est le futur et porte toutes les promesses et espoirs de ses fils et filles restés sur le continent ou dispersés à travers le monde. Il est passé le temps où sa diaspora se contentait d’envoyer des sommes massives aux familles. Nous assistons depuis quelques années déjà, à un changement positif dans l’engagement de la diaspora africaine envers son continent d’origine. Des groupes de réflexion sont créés dans divers pays occidentaux, avec pour objectif principal de proposer et d’asseoir des visions politiques, technologiques et économiques de développement, incluant cette diaspora, et qui pourraient accompagner l’Afrique non plus à l’émergence, mais à un développement effectif et certain.

C’est à cet exercice que se livre le Think Thank Cabac, un groupe de réflexion initié par des intellectuels de la diaspora camerounaise dont l’objectif est de promouvoir l’engagement de la diaspora africaine pour le développement de l’Afrique, dans son premier ouvrage “DIASPORA CAMEROUNAISE, En dehors de l’État, au sein de la nation”, publié aux Éditions Kiyikaat.

Cet essai a été dirigé par Alain Nkoyock, fondateur du Think Thank CABAC et fonctionnaire à l’ONU, et la préface est de Théodore NKODO FOUMENA, économiste et consultant indépendant. 18 autres intellectuels camerounais de tous les horizons ont participé à cet exercice complexe: des spécialistes en questions de développement, en énergie nucléaire, des chercheurs en immunologie, des spécialistes en communication, aviation civile, banquiers, informaticiens, sans oublier les sociologues, économistes et anthropologues. Ils se sont penchés sur la question de savoir pourquoi et comment les actions de la diaspora camerounaise doivent être intégrées dans le développement de sa nation d’origine, tout établissant une coopération saine avec les gouvernements et d’autres diaspora africaines.

Alain Nkoyock

Alain Nkoyock présentant l’ouvrage à la presse camerounaise © Photo Demongor Consulting

 

Extrait:

« Comme toutes les autres diasporas, la diaspora camerounaise pèse très lourd économiquement. A titre d’exemple, en 2006 les transferts vers le Cameroun s’élevaient à 280 millions $EU. Cette masse de capitaux sert le plus souvent d’aide ponctuelle à la famille pour des raisons de santé, de scolarité, de naissance, de décès, etc. Mais de plus en plus la diaspora camerounaise se regroupe sous forme de forum ou de fédération en vue de rassembler les idées et/ou les fonds permettant de mettre sur pied des actions de développement concrètes. Pour ne pas réinventer la roue, ces forums de la diaspora camerounaise peuvent trouver chez d’autres diasporas déjà bien ancrées comme acteurs et interlocuteurs dans leur pays des exemples sur la manière dont ces transferts peuvent être exploités pour générer de l’emploi et participer notamment à l’essor économique.

Dans cette optique, les diasporas peuvent compter sur leur gouvernement respectif comme l’a montré la conférence africaine (Cameroun, Afrique du Sud, Gabon, France, Ghana, Kenya, Nigeria et Suisse) tenue à Yaoundé le 23 novembre 2009. Cette conférence avait pour objectif d’étudier les meilleurs moyens d’orienter des fonds provenant de la diaspora afin de financer le développement économique du continent. Les recommandations de cette conférence méritent d’être revisitées et appliquées.

L’Union africaine considère la diaspora africaine comme la 6ème région d’Afrique et a lancé des initiatives afin de créer une synergie entre les diasporas africaines. La Banque mondiale a aussi, en septembre 2007, mis en place le Programme diaspora africaine (PDA) à travers son Bureau Afrique. Le PAD s’emploie, avec l’aide financière de la Commission européenne en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à faciliter la mise en place de l’Institut africain pour les envois de fonds des migrants (AIR) au sein de la Commission de l’Union Africaine. Egalement à l’actif du PAD, avec la Société financière internationale (SFI), est à mettre la création d’un Fonds d’investissement pour la diaspora africaine (ADIF).

Un des projets phares de ce fond Send Money Africa permet à ses utilisateurs de comparer les prix appliqués par différents opérateurs pour envoyer de l’argent de 16 principaux pays émetteurs à 28 pays récepteurs, pour un total de 54 « couloirs de transferts ». Ces couloirs de transfert donnent des informations très importantes aux différentes diasporas et peuvent leur permettre de mieux s’organiser entre elles ou en partenariat pour faire pression sur les organismes d’envoi de fonds afin de réévaluer les coûts de charge.

Malheureusement, le Cameroun ne figure pas sur le listing de la Banque mondiale. Cette absence ne permet donc pas aux Camerounais de la diaspora de se faire une idée sur les possibilités autres que les plus connues telles que Western Union ou Moneygramm. Le Think Tank CABAC, doit, dans ce sens, proposer à la Banque mondiale de placer le Cameroun comme pays corridor vu l’importance de sa diaspora et de sa place stratégique en Afrique centrale.

Cette approche partenariale de la part des institutions internationales et régionales doit être un appel à la diaspora camerounaise pour l’établissement de coopérations stratégiques avec d’autres diasporas. Dans un monde de plus en plus global, il devient opportun de nouer des alliances économiques ciblées favorisant la rapidité d’actions pour des projets de renforcement des capacités.

A cet effet, les diasporas dont les pays disposent d’interfaces officielles nationales sous forme de ministères ou autres ont beaucoup plus d’atouts. L’exemple le plus frappant est celui du Mali, où la diaspora a récemment mobilisé 188 220 200 FCFA en espèces et/ou en nature, au titre de contribution en faveur des populations du nord du pays. »

Cet ouvrage est un brillant travail intellectuel qui s’adresse non seulement aux décideurs et leaders d’opinion camerounais, mais à toutes les autres diasporas et peuples africains qui veulent comprendre la complexité de cette thématique et étudier des pistes prometteuses de solutions pour l’intégration de ces forces vives se trouvant à l’extérieur du continent, non pas dans un climat d’opposition, mais dans une coopération effective gagnante pour tous.

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