De plus en plus de romanciers, confirmés ou débutants, s’adonnent aux textes courts. Pour le plus grand plaisir des lecteurs. Les Nouvelles inédites du pays, est un recueil de 09 brillantes nouvelles publié en juillet 2016 aux éditions Ifrikiya.

Originaire du littoral du Cameroun, l’auteur Ekum’a Mbella Bwelle a suivi une formation en édition. Passionné par la communication, il poursuit son aventure éditoriale en s’investissant dans l’écriture. Il est notamment l’auteur de L’Amour assassin, roman qu’il publie précisément à la même date chez son éditeur Ifrikiya en juillet 2016. Outres ces œuvres de fictions, l’auteur a à son actif plusieurs ouvrages à caractères politique et religieux.

Le recueil Les Nouvelles inédites du pays est l’histoire d’un village de pécheurs situé en plein cœur de l’Afrique ; là vivait un vieil homme appelé affectueusement « le vieux Mutèmbi ». Au gré des événements, ce dernier a vu les années se succéder, son village sombrer. Il a vu les fils du village rejeter leur héritage, la sagesse des ancêtres pour une vie moderne. Seulement ces derniers sont tombés dans l’oisiveté pour certains, et dans le déni de leur africanité pour d’autres.

« Oui, cette nuit-là sur sa véranda le vieux Mutèmbi se rappelait le passé de ce village, décortiquait son présent et s’interrogeait sur son avenir » (Page 16).

Comme nous le décrit le narrateur, le vieux Mutèmbi se souvient de ce qu’avait été son village dans sa jeunesse, il revoit la convivialité qui y régnait et tout cela le chagrine. La vie s’était montrée très dure avec lui. Très tôt, de suite d’un assassinat, il avait perdu son unique fils et cinq mois plus tard sa femme. Le narrateur peint un homme âgé fatigué et abattu.

« Il se prit la tête entre les deux mains et essuya une goutte de larme qui pendait sous son œil droit. Avait-il pleuré ? Lui qui pensait avoir tout vu le pouvait-il encore ? Et qui pleurait-il ? Son fils, sa femme ou son pays ?» (P17)

Des souvenirs se bousculent dans sa mémoire et il pense à son désarroi, il pense à sa descendance, il pense à son Mbombo, son petit-fils ainé qui est allé faire des études supérieures dans les grandes universités européennes.
Son petit-fils ainé de passage au pays constate avec tristesse le changement qui s’est opéré chez les habitants du village ; ils ont perdu leur joie de vivre d’antan. Il demande à son grand-père :

« Mbombo, je ne comprends plus rien du village. Je ne comprends plus rien du pays. Il y a dix ans, lorsque je suis parti, ce n’est pas ce que j’ai retrouvé […] Mais que se passe-t-il, Mbombo, je veux comprendre… !»(Page 21).

Voyant l’inquiétude se lire sur le visage de son petit-fils, le vieux Mutèmbi décide donc de l’initier afin qu’il soit capable de guider ses jeunes frères et sœurs.

Tous les matins, le père va s’engager à lui livrer les nouvelles inédites du pays ceci jusqu’à son retour en Europe. Il lui parlera ainsi des Sango Pasto, des églises telles qu’elles sont administrées aujourd’hui. Des pasteurs qui ont perdu le sens de leur mission en société. C’est ainsi que s’exclame un pasteur :

« Chacun vient à l’église pour lui-même. Ce n’est pas à moi d’aller vous chercher dans vos lits. Si vous voulez, vous venez. Si vous ne voulez pas, vous ne venez pas. Quel est mon problème là-dedans ? On va m’affecter ailleurs. »(P28).

Le vieil homme décrit une église meurtrie qui loin d’apporter l’harmonie sème des discordes où elle passe. Il va ensuite nous parler de ces « Nouveaux riches » qui sont venus semer le mépris dans la hiérarchisation de la société. Autrefois la sagesse et le droit d’ainesse faisaient office de respect. « Les nouveaux riches » sont venus avec leur argent, obtenu très souvent de façon illicite, créer des conflits entre générations. Comme le dit le narrateur,

«Ils croient pouvoir tout acheter […] Ils provoquent des dissensions à l’intérieur de leur familles ; méprisent la notabilité et le chef ; bref ils mettent la société sens dessus-dessous.» (P32)

Le retour au village, Le tabouret de dange, Timotéo, Iyo, j’ai mal, Itumbè, La lettre du jeune Mutèmbi sont autant de fabuleuses nouvelles qui sous un ton à la fois satirique et ironique présentent les nouvelles qui font désormais le quotidien des sociétés africaines.

Dans un langage plein d’images métaphoriques et sur un ton ironique, l’auteur peint une société qu’il veut imaginaire, mais que l’on pourrait identifier comme étant le Cameroun.

L’auteur aborde ainsi une diversité de thèmes illustrant les bouleversements que connaissent les sociétés africaines du XXIe siècle. Les affres du déracinement et celles du couple, les difficiles relations entre générations, la nostalgie du passé, la déprime sont autant de thèmes abordés avec une élégance finesse. Les situations se déroulent entre l’Europe, la ville et le village du vieux Mutèmbi. Cette coopération, loin de favoriser le développement de l’africain dans son environnement, l’a aliéné et l’a parfois poussé à renier sa véritable nature. D’une nouvelle à une autre les personnages changent. Toutefois, la famille du vieux Mutèmbi demeure présente et encrée dans les valeurs ancestrales, signe que tout espoir n’est pas perdu. Il est encore des personnes aux bonnes mœurs capables de reconstruire ce beau pays.

Dans ce texte, on croise des pasteurs sans foi, des alcooliques, des parvenus, des homosexuels, des enfants aux pères inconnus, des filles aux mœurs légères, des déprimés ; ce sont des comportements humains que scrute Ekum’a avec une écriture à la fois ferme et sensible. Le narrateur, lui, virevolte entre souvenirs, regrets, amertume, perte, espoir. Il est drôle, triste. Son art du dialogue fait merveille, sa subtilité fascine.

D’où venons-nous ? Où voulons-nous aller? Où allons-nous vraiment? Ce recueil de nouvelle est une mine d’or. Venez et vous serez ébahis non seulement pas la beauté du texte mais également par la profondeur de l’analyse de l’auteur.

Par Rosine Dayo

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À la découverte des “Nouvelles inédites du pays”, un recueil de Ekum’a Mbella Bwelle
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